 |
 |
|
|
Monographie élaborée en 1887 par l'instituteur de Bazet (65).
ce travail a été demandé à tous les instituteurs de France. Ces monographies
peuvent être consultées aux archives départementales.
|
Monographie
de BAZET
La commune de Bazet, canton de Tarbes nord, département
des Hautes-Pyrénées, est située sur la rive gauche
de l'Adour, fleuve qui arrose la vaste et fertile plaine de ce nom.
Sa distance au chef-lieu de département qui est en même
temps le chef-lieu d'arrondissement et le chef-lieu de canton, est
de 6 kilomètres.
Le territoire de Bazet est sans accident et très morcelé
; sa superficie de 280 hectares est bornée au levant par Bours,
à Aurensan, au couchant par Oursbelille, au nord par Aurensan,
et au midi par Bordères.
Assis aux portes de la ville de Tarbes, Bazet a le double avantage
d'avoir un pied dans la cité, et l'autre dans la campagne ;
c'est assez dire qu'il jouit en même temps de l'utile et de
l'agréable ; mais parlons de la campagne.
Ici, c'est le fleuve l 'Adour qui arrosant ses murs, lui fait hommage
des eaux limpides de Campan et des truites succulentes de Bagnères.
Là, ce sont des bois où, en certains temps donnés,
se fait entendre le doux chant d'une multitude innombrable d'oiseaux.
C'est encore dans ces frais bocages, comme dans les haies de nos jardins,
que le rossignol et le merle sifflent des refrains qui vous captivent
et vous enchantent. Ailleurs, ce sont de vastes prairies verdoyantes
qui fournissent d'excellents fourrages et des pâturages abondants.

Plan de la commune de Bazet
Plus loin, enfin, c'est l'aspect des coteaux, et surtout des montagnes
Pyrénées, aux neiges éternelles, aux pics ardus,
aux dessins les plus pittoresques et les plus variés : très
beau panorama.
Bazet a aussi dans son propre sein des maisons rangées comme
deux haies le long de ses rues assez larges et relativement droites,
sur les rives desquelles se trouvent des ruisseaux pavés laissant
|
| |
2
couler des eaux limpides distribuées
par les canaux de dérivation de l'Adour ce qui procure aux
habitants de l'agrément et de la salubrité.
Il possède dans son centre plusieurs places publiques plantées
d'arbres touffus et à fleurs. L'une d'elles, située
en face de la mairie et appelée Place Lasclottes, pourrait
poétiquement parlant être nommée Place aux tilleuls,
à cause de l'essence des jolis arbres qui l'ombragent et qui
répandent un arôme des plus suaves.
Le territoire de Bazet a une altitude d'environ 300 mètres.
Il est arrosé par les eaux de l'Adour. Les crues fréquentes
et l'étiage de ce fleuve sont si variables qu'il est impossible
d'en fixer son débit régulier. Comme eaux potables,
nous n'avons que celles des puits qui ont une profondeur moyenne de
4 mètres.
Le climat est en général doux et beau, avec vents assez
fréquents à la fin de l'hiver et au commencement de
l'automne.
Vers la fin mars ou commencement d'avril, il nous arrive souvent des
giboulées ou bourrasques dues au voisinage des Pyrénées
et de l'océan.
Les orages sont à craindre pendant l'été. Notre
territoire est malheureusement trop souvent le théâtre
de décharges de grêlons qui ravagent nos récoltes.
Quant à la neige, bien que nous soyons dans les Pyrénées
Hautes, elle ne visite notre plaine qu'à de rares intervalles
et il s'écoule plusieurs années sans qu'elle fasse son
apparition.
La température est douce ; mais à cause de l'éloignement
des collines, nous avons souvent une bise très froide, pour
ne pas dire des gelées, qui influe surtout sur le rendement
des arbres fruitiers hâtifs et qui comprend celui des primeurs.
Ces sortes de gelées se font aussi sentir quelquefois en mai
et portent une grave atteinte aux jeunes bourgeons des vignes et à
la floraison des blés. Quoique le sol soit bas et plat, Bazet
est salubre ; les habitants y atteignent une longévité
respectable : on y trouve beaucoup d'octogénaires.
II
Le recensement de 1886 accuse 460 habitants abrités par 124
maisons, divisées en 129 feux, formant une agglomération
à l'instar d'une ville. Depuis environ 10 ans, la population
tend à diminuer par suite de l'émigration vers la ville
et ensuite on ne trouve plus dans les ménages le même
nombre d'enfants dont ils se composaient autrefois.
L'organisation municipale est comme dans toute la France,
|
| |
3
réglée par les dispositions de
la loi du 5 avril 1884. La commune a 10 conseillers municipaux et
elle est administrée par un maire assisté d'un adjoint.
Il y a un secrétaire de la mairie, un garde-champêtre
et un valet commun Pour les cultes, elle est desservie par un prêtre
qui porte le nom de Curé. La perception ainsi que les postes
et télégraphes sont au chef-lieu. Il n'y a qu'une seule
distribution par jour. La valeur du centime est 22f.32 et les recettes
ordinaires s'élèvent à 4300 francs..
III
Le territoire de la commune de Bazet se divise en trois parties :
terres labourables, prairies et vignes.
Les cultures principales sont : le froment, le maïs et les pommes
de terre. L'assolement le plus en usage étant biennal, on cultive
le blé après le maïs ou la pomme de terre, et ceux-ci
après le blé. Le propriétaire se permet de faire
une troisième récolte en trèfle noir, trèfle
incarnat ou en sarrazin.
Il est vrai que les deux premiers sont d'excellents pâturages
pour les bestiaux et que le 3e est une bonne nourriture pour les oiseaux
de basse-cour. Mais le cultivateur est trop confiant dans la fertilité
du sol.
Aussi, depuis quelques années, il est souvent déçu
dans ses espérances de rendement et cela parce qu'il ne donne
pas à la terre ce qu'elle lui demande. Il ne peut pas en être
autrement ; en effet : d'abord l'épuisement du sol par les
cultures qui s'y succèdent sans interruption et ensuite le
manque de fumure ne peuvent amener que des produits très médiocres.
Nos cultivateurs savent bien qu'ils devraient et qu'ils pourraient
combler ce déficit de fumure en augmentant leurs têtes
de bétail, ou au moyen des engrais chimiques ; mais le manque
de capitaux et de bras ajouté au poids des impôts, entravent
et arrêtent tous leurs projets. Ils comprennent aussi que si
la terre donnait autrefois des rendements supérieurs, c'était
par suite de jachères que l'on faisait, mais ce mode d'assolement
n'est plus possible aujourd'hui à cause du morcellement de
la propriété. Il serait à désirer que
des champs d'expérience fussent établis dans le département
et que des syndicats s'organisassent. C'est là que nos bons
cultivateurs pourraient s'inspirer des excellentes méthodes
employées dans nos fermes-écoles et qu'ils convaincraient
des avantages qui résultent des bonnes associations agricoles.
|
|
4
Les procédés de culture en usage
dans la localité sont les suivants : On laboure la terre à
l'aide de la charrue ordinaire, traînée par des animaux,
le plus généralement par des vaches. Ni la charrue Dombasle
avec avant-train, ni la charrue désignée sous le nom
de double-brabant ne sont pas encore connues. Après avoir labouré,
on fait passer sur le terrain un rouleau uni de bois ou de pierre,
traîné par des animaux d'attelage. Le rouleau brise-mottes
n'est pas employé. Arrive ensuite le hersage. La herse consiste
en un châssis de bois à 3 ou 4 côtés et
hérissé au-dessous de dents de fer. Comme il n'est pas
en usage dans notre localité de semer le blé en lignes,
le sarclage de cette récolte ne se fait pas. Cependant cette
opération se pratique pour le maïs et les pommes de terre,
au moyen de la charrue ou d'un instrument qui sert à butter
la terre, appelé vulgairement rasérot.
Un hectare de froment donne en moyenne 15 hectolitres
Un hectare de seigle 18 hectolitres
Un hectare de méteil 16 hectolitres
On sème le maïs quand le retour des gelées n'est
plus à craindre, c'est-à-dire de fin avril à
fin mai. Le terrain est préparé comme il est déjà
dit et ensuite quadrillé au moyen du rayonneur appelé
Marquoir. Les grains de maïs sont placés à chaque
point d'intersection. Quand les jeunes pieds montrent leur 3e ou 4e
feuille, on leur donne un premier binage, 15 ou 20 jours après
on bine de nouveau, et enfin une 3e fois lorsque la floraison approche.
Après la floraison on écime la tige. La partie retranchée
est donnée comme fourrage au bétail. Un hectare de maïs
donne en moyenne 28 hectolitres.
Depuis 3 ou 4 ans, la culture de la pomme de terre a pris une grande
extension dans notre commune. Elle fournit une nourriture excellente
pour les hommes et pour les animaux. Une sorte de maladie qui altérait
ses tubercules a disparu. On sème les pommes de terre en lignes
tracées à la charrue ou au Rayonneur, éloignées
d'environ 0m.70 ou 1m. 40 selon la richesse du sol et la variété
cultivée. Elles sont binées et buttées avec soin
et on les arrache en août et septembre. Un hectare de pommes
de terre produit en moyenne 150 hectolitres.
On sème le sarrazin à la volée immédiatement
après
|
|
5
l'enlèvement du froment, du seigle ou
du méteil. On le récolte quand ses tiges sont rougeâtres.
On les coupe avec la faucille ou la faux et on met les tiges en faisceaux.
On le laisse fermenter en tas pendant quelques jours et ensuite on
le bat en plein air avec le fléau. Le grain de sarrazin n'est
utilisé que pour la nourriture de la volaille. Plusieurs cultivateurs
espérant obtenir de leurs terres un rendement plus rémunérateur,
essayent cette année la culture du tabac.
Les particuliers ne possèdent pas de bois proprement dits.
Ils retirent en grande partie leur bois de chauffage des bordures
qu'ils laissent pousser sur les limites de leurs propriétés.
La commune possède environ 15 hectares de bois et forêts
dont l'essence dominante est le chêne. La plus grande partie
est soumise au régime forestier. Il y a 15 ans, la commune,
pour parer à la dépense de la reconstruction de l'église,
vendit des chênes plus que séculaires excroissants sur
une surface d'environ 5 hectares, qu'elle repeupla en peupliers.
Aujourd'hui on voit ceux-ci s'élever au milieu de massifs de
jeunes chênes qui formeront sous peu d'années un magnifique
taillis. Le produit annuel de nos forêts consiste en la valeur
d'une coupe ordinaire de 5 à 600 francs.
Avant 1852, notre territoire était aux 2/3 couvert de vignes
hautes donnant une quantité considérable d'un vin excellent,
principal revenu des habitants. Mais l'opiniâtreté avec
laquelle l'oïdium a résisté et résiste encore
aux moyens employés pour le combattre, a obligé les
propriétaires à arracher leurs vignobles en grande partie
; aujourd'hui on ne voit plus que le 1/5 de ceux d'autrefois. Le peu
qui reste est l'objet des plus grands soins, mais tous les efforts
et tous les sacrifices sont anéantis par le Mildiou qui sévit
depuis trois ou quatre ans. Certains propriétaires ont aspergé
leurs vignes avec une dissolution de sulfate de cuivre et de chaux.
Les feuilles ne sont pas tombées, ou au moins leur chute a
été retardée, et les raisins ont bien mûri.
A l'heure qu'il est, on est indécis sur l'apparition du phylloxéra.
Le rendement de la vigne est presque insignifiant relativement à
celui d'avant 1852. Un hectare produit en moyenne 10 hectolitres.
Nos prairies sont dignes d'être citées. Elles sont d'une
irrigation très facile et produisent un fourrage d'excellente
qualité. Une première
|
|
6
coupe d'herbe appelée foin, se fait vers
fin juin ou commencement de juillet, au moyen de la faux. Une 2ème,
appelée Regain, se fait demi-août à mi-septembre,
de la même manière que la première . Après
ces 2 récoltes, il pousse une 3ème herbe, nommée
vulgairement Reborg, qui donne un pâturage bon et abondant.
Un hectare de pré produit en moyenne 40 quintaux métriques
de foin et 28 quintaux de regain.
Dans notre commune, on trouve les bêtes à cornes de la
belle race Lourdaise donnant un lait bon et abondant qui se consomme
sur place, race dont le véritable type est si bien représenté
dans les concours régionaux par les animaux de Mr. Grazide
notre excellent maire, qui, depuis 20 ans, a été plus
d'une fois proclamé 1er lauréat. Pour le travail, on
emploie les animaux de race béarnaise ou gasconne. On y voit
les juments de la race très estimée du pays, produisant
des chevaux de sang ou propres à la cavalerie légère
et des mulets très recherchés. O n fait l'éducation
en grand de la volaille, surtout des oies et des canards.
Quant aux usines, elles sont mues par l'eau et il n'y a qu'à
les citer : Un moulin à farine et une scierie mécanique.
Cette dernière, grâce à un système de transmission,
est transformée en batterie à la saison.
Bazet a dans ses murs de grandes artères viables : une route
nationale longeant du midi au nord la voie ferrée de Tarbes
à Bordeaux ; un chemin de grande communication de l'Est à
l'Ouest, sans parler de plusieurs chemins vicinaux qui le traversent
en tout sens.
Le chemin de grande communication relie la route nationale N°
135, de Tarbes à Bordeaux à la route nationale, N°
21, de Tarbes à Auch. Cette voie est traversée par l'Adour,
fleuve sur lequel la commune, grâce aux subsides accordés
par l'Etat, fit reconstruire un pont en bois, en 1878, pour remplacer
celui qui fut emporté par l'inondation de 1875.
Pour se rendre aux foires ou marchés des villes voisines, on
emploie les voitures particulières. Pour aller au chef-lieu
de département, on peut profiter d'une voiture publique qui
fait journellement le service de transport de Maubourguet à
Tarbes et vice versa. La voie ferrée traverse notre territoire
et se trouve à quelques minutes de la commune. Les habitants
|
|
7
ne s'expliquent pas pourquoi l'administration
des chemins de fer n'a pas sonné droit à la demande
d'arrêt ou halte, qui a été faite. Il est certain
que si la population y gagnait, la compagnie n'y perdrait pas ; car
on se servirait de ce moyen de transport pour se rendre aux foires
ou marchés de Tarbes - Lourdes - Tournay - Vic - Maubourguet
et Rabastens, et aux voyageurs de Bazet viendraient se joindre beaucoup
d'autres des communes limitrophes.
Le commerce local est très restreint ; chaque ménage
retire de ses terres ce qui lui est nécessaire pour l'entretien
de sa famille. La commune possède plusieurs magasins d'épicerie
et 3 débits de boissons.
Les mesures anciennes encore en usage dans la localité sont
: la livre (1/2 kilo), le journal (22 ares 43). Le tisserand continue
à se servir de la canne (mesure de longueur de 8 empans). L'emploi
de ces mesures tend de plus en plus à disparaître et
le jour n'est pas éloigné où elles seront bannies
du vocabulaire local.
IV
Bazet porte un nom de baptême qui, à défaut de
documents historiques, laisse beaucoup à désirer quant
à l'intelligence de sa réelle signification.
Comme il n'est pas d'effet sans cause, on ne peut s'empêcher
d'attribuer son nom à quelque événement personnel
ou local. En tâtonnant dans les ombres de l'inconnu, et en décomposant
le mot Bazet, nous remarquons la racine adjectif Bas et la terminaison
verbe est, d'où le barbarisme Bazet avec un Z. Est-ce à
dire qu'il porte ce nom parce qu'il est situé aux pieds des
Pyrénées ? Mais les nombreux villages qui avoisinent
Tarbes partagent cette situation avec celui de Bazet - Paraît-il
plus rationnel de s'arrêter à la pensée qu'un
jour, et dans un temps plus ou moins éloigné de l'époque
du déluge, un homme nommé Bazet serait venu fixer ses
vieux pénates dans ce coin de terre jusqu'alors inhabité,
et que comme Améric a laissé son nom au nouveau continent
l'Amérique, il n'aurait pas lui aussi et longtemps avant ce
dernier, donné son nom au petit coin dit Bazet, sans nom jusqu'à
? Avouons-le, cette interprétation est assez hasardée,
et son étymologie reste pour nous à l'état de
mystère.
L'idiome local est le patois bigourdan, avec une teinte espagnole,
lequel ne manque pas de grâce, bien qu'il sonne assez durement
à l'oreille.
|
|
8
Il est assez difficile à écrire.
On chante peu, mais convenablement à Bazet. On n'entend plus
sur les rues ces chansons obscènes, ni d'une moralité
douteuse et depuis que la musique est obligatoire dans les écoles,
on chante et fredonne les airs qu'on y a étudiés, surtout
les airs patriotiques, tels que La Marseillaise. Les marins de la
République - Le Drapeau - Le forgeron de la paix. Les belles
chansons patoises de Despourrins ne sont plus connues que de nom ;
c'est regrettable. Les vieillards seuls ont souvenance de ces mélodies
populaires dues à la plume d'un compatriote.
Les murs des habitants de Bazet sont pures et douces ; ils sont
affables, intelligents et braves ; la gaieté est un caractère
saillant de leur humour jamais de dispute, et si quelque discussion
surgit, elle se termine toujours sans rancune.
A cette gaieté un peu railleuse du gascon, ils joignent un
grand amour de l'indépendance et peut-être un peu trop
enclins au plaisir, ils ne tirent pas tout le parti possible d'un
territoire aussi productif. Ils sont passionnés pour la danse.
On trouve dans la commune plus que les musiciens nécessaires
pour composer un bon orchestre. Le jour de la fête patronale,
chaque famille se met en dépense pour recevoir et régaler
les amis, et la clarinette et le piston résonnent pendant 2
jours sur la place publique. Les pratiques superstitieuses d'autrefois
ont presque entièrement disparu.
Les gens de Bazet professent le culte catholique, mais avec une certaine
indifférence. Leurs costumes sont ceux de la ville. Le dimanche,
l'ouvrier pourrait être facilement pris pour un bourgeois. Les
jours de travail, pendant l'été, le cultivateur porte
à la tête un chapeau en joncs, à larges bords,
et des sandales aux pieds ; pendant l'hiver, il est coiffé
d'un béret et chaussé de gros sabots ferrés avec
guêtres allant jusqu'au genou, d'une espèce de burnous
en toile d'étoupe, appelé chamarre , en langue du pays.
Les femmes s'habillent avec une simplicité qui n'est point
sans goût ni sans quelque recherche ; comme habit de deuil,
elles portent le capuchon et le capulet.
Depuis quelques années le système d'alimentation est
complètement changé. On ne connaît plus le pain
de maïs ; on consomme le pain de froment. La garbure traditionnelle
est en honneur dans la commune, ainsi que le porc salé. Les
légumes occupent une large place
|
|
9
dans les repas. Les oiseaux de la basse-cour
sont en partie consommés et la viande de boucherie devient
de plus en plus d'un usage fréquent. La boisson en usage est
le vin fabriqué avec des raisins secs ; il figure sur la table
de l'ouvrier comme sur celle du Rentier.
En fait d'édifice communaux, on remarque à Bazet une
mairie assez fraîche de jeunesse, ne faisant qu'un même
tenant avec le presbytère et les maisons d'école, à
physionomie semblable.
En face, se dresse l'église avec son clocher à flèche
hardie, surmonté d'un paratonnerre et armé de 3 cloches
avec lesquelles un habile musicien joue régulièrement
des cantiques, même des quadrilles et la polka. Si nous portons
nos regards jusque dans l'église, nous admirons 3 nefs et 4
autels qui le disputent en élégance, en richesse et
en beauté avec le dallage en mosaïque.
A droite et à gauche, nos yeux s'arrêtent avec satisfaction
sur des vitraux peints par un habile artiste de Toulouse. Au-dessus
de nous, une voûte en brique et à plein cintre.
Parlons maintenant du vieux château-fort qui est le monument
le plus antique, et, par cela même le plus intéressant
de la monographie de la commune de Bazet.
Comme château, il n'en reste plus de traces. Immédiatement
après l'émigration des seigneurs, vers la fin du siècle
dernier (1793), le marteau et la poudre à canon en eurent raison
et en firent ample justice.
Testent les dépendances attenantes à l'ancien manoir
seigneurial sur un parcours bien agrémenté d'environ
45 arcs, où l'il du visiteur se plaît à
admirer les fossés-fortificaion qui l'entouraient et le protégeaient
de toutes parts.
Son attention ne se porte pas moins sur la place qu'occupait le pont-levis
et surtout sur le parapet et l'esplanade mesurant une longueur de
30 mètres sur 2 mètres de large, où l'on arrive
au moyen d'escaliers en dalles de granit de montagne, ayant main-courante
en brique de chaque côté.
Le dernier tableau est celui des oubliettes converties aujourd'hui
en habitation bourgeoise. D'une adhérence indissoluble, les
murs du cachot, larges de 1m,10 offrent une hauteur d'environ 20 mètres
sur un carré de 10 mètres de face.
Parfaitement conservées, grâce au bon entretien du propriétaire
qui les habite, les oubliettes de cet ancien château-fort, dont
le dernier
|
|
10
Seigneur avait nom : Le Marquis de Montesquieu
de Fezensac laissent voir encore les meurtrières à bouche
de canon, ainsi que la place des créneaux aujourd'hui édentelés.
Bâties sur une éminence factice d'environ 5 mètres
au-dessus du niveau de la plaine, elles ont survécu à
nous ne savons combien de siècles. A défaut de pancarte,
de parchemin et d'autres documents historiques, l'opinion publique
s'accorde à juger qu'elles datent du temps déjà
éloigné où les Romains dominaient sur les Gaules.
C'est là une antiquité respectable qui promet de survivre
on ne sait à combien de siècles encore. Et, comme autrefois,
Napoléon 1er disait à son entourage qui lui reprochait
sa témérité héroïque " Le boulet
qui doit m'atteindre n'est pas encore fondu " nous pouvons dire
aujourd'hui " L'homme qui survivra à ce monument antique
est encore à naître ".
Avant 1841 la commune ne possédait pas de mairie. Le maire
était dépositaire des archives communales. Jusqu'à
cette date, plusieurs maires se sont succédé, et soit
intérêt, soit incurie, soit tout autre motif, ils ont
gardé ou laissé égarer les documents qui auraient
pu permettre d'établir l'étymologie du nom de la localité
et l'histoire municipale.
Annexe au titre IV
Il existe cependant le livre terrier portant la date du 25 9bre 1690
; 3 registres de délibérations du conseil municipal,
dont le plus ancien remonte à 1790, le tout couvert en parchemin.
Les actes de l'état civil figurent dans nos archives à
partir de 1665 ; la plupart des plus anciens sont écrits en
latin.
En parcourant ces vieux feuillets, nous avons trouvé à
la date du 1er prairial, an XI, que le conseil général
de la commune de Bazet, vu la loi du onze floréal, titre II,
relative aux écoles primaires, a délibéré
:
1°- Qu'il serait fourni à l'instituteur une salle pour
son logement et une autre pour y tenir les écoles
2°- Que le traitement annuel était fixé à
2 mesures combles de carrou, aujourd'hui méteil, pour chaque
élève à qui il apprendrait à lire, écrire
et calculer, et à une mesure comble, même grain pour
les abécédaires, ou lisant seulement.
L'instituteur était obligé d'enseigner :
1°- Les principes de lecture, d'écriture et de calcul décimal
2°- A chanter méthodiquement aux offices divins
3°- Il devait assister le prêtre dans toutes ses fonctions
|
|
11
4°- Faire 2 fois catéchisme par semaine
5°- Il était encore chargé de mesurer le vin qu'on
vendait dans la commune, fonctions qui lui donnaient un salaire de
1f. par char et qui se sont continuées par les institutions
jusqu'en 1844.
Après son installation, l'instituteur exprimait de profonds
remerciements.
Jusqu'en 1813, plusieurs instituteurs se sont succédé,
mais tous recevaient les mêmes émoluments et étaient
assujettis aux mêmes charges.
Ailleurs, à la date du 4 juin 1838, on trouve une autre délibération
par laquelle le conseil municipal, vu les dispositions de la loi du
28 juin 1833, fixe le traitement de l'instituteur à la somme
de 200f., vote une imposition extraordinaire de 63f.45 montant des
3 centimes additionnels et laisse à la charge du département
ou de l'Etat le complément de 136f.55.
Avant 1840, l'enseignement primaire se donnait dans une vieille maison,
plutôt masure, située sur la petite place du moulin.
Elle était construite en murs de pisé et couverte en
tuiles à canal.
Elle se composait de deux chambres, l'une servant de salle d'école
et l'autre de logement à l'instituteur.
La maison d'école actuelle était une ancienne riche
maison bourgeoise que la commune acheta en 1841, au prix de 7000f.,
pour en faire le presbytère, la mairie, le logement de l'instituteur
et celui de l'institutrice. Elle est située entre l'église,
le presbytère et la place publique Lasclottes : immédiatement
après l'acquisition, l'instituteur occupa le nouveau local
; il faisait la classe dans une vaste cave.
En 1862, la commune fit approprier et élever cette maison et
grâce aux secours accordés par l'Etat, on y trouve aujourd'hui,
dans un état convenable :
1°- Une salle d'école pour les garçons ayant 6m.80
de long, 6m.65 de lare et 3m.30 de haut ;
2°- Une salle d'école pour les filles ayant 6m.65 de long,
5m.45 de large et 3m.30 de haut ;
3°- Un logement pour l'instituteur
4°- un logement pour l'institutrice
5°- Une salle pour la mairie.


Plan des locaux des maisons d'école
de Bazet
Le matériel des classes est aussi dans un état convenable.
Il est regrettable que dans la vaste basse-cour il n'existe pas un
préau
|
| |
12
couvert où se feraient les exercices
militaires et les exercices de gymnastique qui forcément doivent
être faits dans la salle d'école, les jours de mauvais
temps ou d'un soleil trop ardent.
Les parents envoient assez régulièrement leurs enfants
en classe, aussi l'état de l'instruction dans notre localité
est satisfaisant. Depuis plusieurs années, tous nos conscrits
savent lire et écrire, et il est fort rare que des conjoints
ne sachent pas signer leurs noms.
L'école des garçons réunit en moyenne de 40 à
45 élèves.
L'école des filles arrive au même chiffre.
La première possède une bibliothèque fondée
en 1865, grâce aux sacrifices de la commune, aux libéralités
d'un particulier et aux dons de livres de Mr. Le Ministre de l'instruction
publique. Elle compte 53 volumes. C'est peu car la population aime
la lecture. Le nombre de prêts pour 1886-87 est de 28. Quand
les livres de la bibliothèque cantonale ont été
lus et relus, plusieurs lecteurs vont puiser à la bibliothèque
cantonale de Tarbes, à la fondation de laquelle notre commune
a fourni son contingent.
A la session de mai 1886, le conseil municipal vota une somme de 30f.
pour la caisse des écoles-les fonds n'ont pas encore été
employés. L'école des filles a 7 livrets de caisse d'épargne
scolaire.
Les traitements des maîtres actuels sont les suivants :
Instituteur 1300 francs
Institutrice 900 francs
|
|
| Copie
du texte: Janine Cénac |
| |
|
Amicale des Bigourdans de Paris
|
|
|