Monographie
Commune
de Calavanté
plan de la commune de Calavanté
I
Le village de Calavanté est situé sur le versant Est
d’un petit coteau. Il est limité au Sud par la commune
d’Angos, à l’Ouest par la commune de Barbazan-Debat
et au Nord par la commune de Lespouey.
Le territoire de Calavanté a la forme d’un triangle irrégulier
dont la base est à l’Ouest et le sommet à l’Est
resserré par les terroirs d’Angos et de Lespouey. Sa
longueur est d’environ 3 kilom. et sa superficie de 205H 54A58C.
Il est à 9 kilomètres de Tournay chef-lieu de canton
et à 10 KM de Tarbes chef-lieu d’arrondissement et du
département.
La description physique n’offre aucune particularité
remarquable. On peut, cependant, diviser le terroir en deux parties
bien distinctes : La partie Ouest ou coteau a un terrain rocailleux
propre à la culture de la vigne et la partie Est ou plaine,
au contraire, a un terrain propre à la culture des céréales.
Aucune curiosité naturelle, aucun cours d’eau.
Les eaux potables sont fournies par deux fontaines publiques intarissables
et par bon nombre de puits particuliers.
Ce petit village est établi sur une élévation
de 380 mètres au-dessus du niveau de la mer.
La température y est douce, mais variable. Les phénomènes
atmosphériques s’y succèdent avec rapidité.
Le printemps est généralement doux, mais pluvieux, l’été
sec et souvent mêlé d’orages ; l’automne
agréable et tempéré ; l’hiver peu rigoureux
et souvent égayé par de beaux jours.
Le vent de l’Ouest est celui qui souffle le plus fréquemment.
Souvent il est accompagné de pluies ou d’orages. Le vent
du sud, très rare, est d’une chaleur lourde et accablante.
Celui du nord est un signe de beau temps.
L’air est sain, aucune épidémie meurtrière
ne vient attrister les familles.
II
La population de Calavanté d’après le recensement
officiel de 1886 est de 204 habitants. Ce chiffre tend à augmenter
insensiblement, parce que beaucoup de jeunes gens, après avoir
émigré dans les villes rentrent dans le foyer paternel.
Cette population est agglomérée et se divise en 53 ménages
ou feux. Elle est administrée par un maire assisté de
neuf conseillers municipaux.
Jusqu’en 1848, Calavanté eut un curé et la commune
de Lespouey fut son annexe. A cette époque, une vieille châtelaine,
célibataire, habitant Lespouey, proposa au prêtre desservant
de quitter Calavanté et d’aller s’installer chez
elle s’engageant à le loger et à le nourrir. La
proposition fut acceptée et Calavanté devint l’annexe
de Lespouey.
Personne n’eut garde de se plaindre de ce changement de résidence,
le service se faisant régulièrement comme par le passé.
Le presbytère étant libre et la Commune n’ayant
pas de maison d’école, l’instituteur fut installé
dans ce bâtiment. Les choses durèrent ainsi jusqu’en
1877. A cette époque une difficulté au sujet du traitement
survint entre la municipalité de Calavanté et le prêtre
desservant.
La population Calavantésienne vexée des exigences du
curé de Lespouey ne voulut en aucun prix de ses services. Elle
s’imposa les sacrifices les plus onéreux pour avoir un
vicaire.
Elle s’engagea solidairement par acte notarié, à
servir annuellement au vicaire qui serait nommé à Calavanté
la somme de 300 francs, payables par trimestre : Pour garantie de
ce traitement, ils hypothéquèrent leurs biens. Cet engagement
est pris jusqu’au jour où un décret érigera
le vicariat de Calavanté en cure. Après un pareil sacrifice,
Calavanté ne tarda pas à avoir un vicaire et la maison
d’école redevint presbytère.
Cette commune est desservie pour les finances par l0 a perception
de Bordes et pour les dépêches par le bureau de poste
et télégraphe de Tournay.
Ses revenus ordinaires sont modestes et insuffisants, aussi, se voit-elle
tous les ans, pour équilibrer son budget, dans la nécessité
de se gréver d’une imposition extraordinaire variant
entre 200 à 250 francs, à part de l’imposition
pour le traitement du vicaire.
La valeur du Centime est : Propriété non bâtie
0,35
Propriété bâtie 0,344
III
La petite population de Calavanté, pauvre, mais laborieuse,
se livre sans relâche à la culture du froment, du seigle,
de l’orge, de l’avoine surtout, du maïs, des haricots
et des pommes de terre. Tous ces produits agricoles, à part
l’avoine, sont généralement insuffisants.
Les prairies naturelles sont rares. On supplée au manque de
fourrage par une grande culture de farouch, de trèfle et de
luzerne.
La principale culture est la vigne qui occupe le tiers du territoire.
Le vin est généralement de qualité ordinaire,
par le défaut de soins convenables dans la manipulation première.
S’il était bien soigné, il pourrait rivaliser
avec ceux de Peyriguère, Castelvieil et Pouyastruc.
Depuis six ans, le Mill Dew fait des ravages épouvantables,
à peine si la population cueille un quart de la récolte
d’une année ordinaire. Aucun essai, jusqu’à
ce jour, n’a été fait pour combattre ce fléau.
Avant son apparition, la Commune avait, dans une année moyenne,
un excédant de 150 hectol. De vin.
Les principaux animaux sont : les bœufs, les vaches qui fournissent
un lait excellent dont se nourrit la généralité
des habitants ; les moutons et les brebis qui fournissent leurs toisons
et leurs produits ; les poules, les oies, les canards et les porcs
dont on fait des salaisons que l’on exporte.
La caille abonde pendant l’été et stationne à
la plaine jusqu’à mi-octobre. J’en ai même
tué au mois de Novembre. La grive de Bourgogne appelée
vulgairement Tour est commune dans les vignes pendant les mois de
septembre et d’octobre. Le lièvre est rare, pas de lapin.
La commune est traversée par deux routes bien entretenues :
l’une de Grande Communication n° 5, allant de Mirande (Gers)
à Bagnères de Bigorre ; l’autre d’intérêt
Communal n°25 allant à Montgaillard.
Il n’y a qu’un seul moyen de transport pour aller de Calavanté
à Tournay chef-lieu du canton ou à Tarbes chef-lieu
du département : C’est la voie ferrée qui passe
à Lespouey, à un kilom. et demi au nord de Calavanté.
Une route Nationale n° 117 à un kilom. sud fait communiquer
ces deux villes : Tournay et Tarbes .
La seule ancienne mesure locale qui soit encore en usage, c’est
le journal ; mesure agraire qui a une surface de 22 ares 43 C.
Calavanté, en patois Calaouanté, vient de l’idiome
Caillaouatèro, terrain pierreux, couvert de cailloux.
Sous l’ancien régime, cette commune jouissait de certaines
libertés et de certains avantages.
Au dix-septième siècle, le seigneur de Boucarez accorda
aux habitants de Calavanté, moyennant une petite redevance
pécuniaire la jouissance du pacage sur soixante journaux de
lande 13 H, 4 CA, 80 C, situés dans les terroirs d’Angos
et de Calavanté. La Révolution ayant aboli les redevances,
Calavanté suspendit ses payements et n’en continua pas
moins à jouir de cette propriété qui, par la
suite, est devenue propriété Communale.
Le parchemin contenant le droit de jouissance se trouve aux archives
de la mairie.
Quoique petit et insignifiant, le village de Calavanté, ou
du moins son nom est connu par sa Légende :
Deux Auvergnats, rapiéceurs de chaudrons et de casseroles,
ayant avec eux un apprenti d’une douzaine d’années,
étaient un jour de passage dans notre contrée. La nuit
les surprit à Calavanté.
IL fallut chercher un gîte, rien de plus naturel. Une bonne
femme à qui l’on s’adressa pour avoir un asile,
offrit ce qu’elle avait : elle installa ses hôtes dans
une loge placée sous le four et garnie d’une épaisse
couche de paille. Pas de porte se fermant en dedans, un simple couvercle
ou fermoir, assujetti par dehors au moyen d’un pieu, constitua
un état solide qui mit nos gens à l’abri des injures
de l’air et des bêtes fauves.
Le matin venu, notre brave paysanne partit aux champs avec son mari,
pour partager avec lui les labeurs de la journée. Rentrant
sur le soir bien fatiguée, elle eut hâte d’improviser
une modeste réfection et d’aller demander au lit un repos
bien nécesssaire Pour les Auvergnats, point elle n’y
pensa.
Que faisaient en attendant ces malheureux ? Un moment arriva où
le sommeil fut satisfait. Impatients du retour du jour : Pitchoun:
disait de temps en temps l’un des grands au petit, Pitchoun,
ouayta si fa jour----Pas éncora fray : était-il répondu
après explorations des fissures de la porte.
Et l’on se tournait encore pour essayer un nouveau somme.
Enfin, la maîtresse de la maison se réveille, s’habille
et se dispose à reprendre ses travaux accoutumés quand
le souvenir de ses hôtes lui traverse l’esprit. Accourant
au four et le voyant fermé : Jésus ! s’écria-t-elle,
seraient-ils morts !Et son cœur se serra.
Heureusement que, prêtant l’oreille, elle fut bientôt
rassurée par un brin de conversation.
Elle ouvrit et s’apprêtait à se confondre en excuses
quand nos trois Auvergnats s’épanouissant à la
vue de la lumière s’écrièrent en chœur
« Fa pla lounqua noueyt à Caillaouantè »
Ce fut toute une révélation pour notre Calavantésienne
heureuse de la méprise, elle fit tomber bien vite la conversation
sur autre sujet.
Peu après, les chaudronniers prenaient congé avec les
compliments d’usage. Ils continuèrent leur voyage vers
leur pays en exerçant leur métier.
Ils réclamaient l’hospitalité partout où
la nuit les surprenait, mais avec une certaine précaution,
car partout s’ouvrait le dialogue suivant : « Sé
fa, en esté pays la noueyt aoutan louanquo qu’à
Caillaouanté !----La mêmo caouso praoub’ hommé
», était-il toujours répondu----« Fouchtra
! laso fouta qui coutché !. »Et la route se continuait
et la nuit et le jour. Il ne fallut rien moins que la vue du Puy de
Dôme pour rassurer nos voyageurs et les engager au repos.
Et la commune de Calavanté passe ainsi les Pyrénées
aux monts d’Auvergne pour avoir une position astronomique telle
que la nuit y est d’une exceptionnelle durée.
Le langage propre aux habitants de Calavanté est le patois.
Cet idiome est vif, dur quelquefois, mais toujours expressif, et fortement
accentué. Il est riche, abondant, propre à exprimer
toutes les sensations, tous les besoins, et doué, sous tous
les rapports, d’une finesse et d’une netteté difficiles
à atteindre.
Je dois cependant ajouter, pour être impartial, que le français
est également parlé : Ainsi, les jeunes personnes au-dessous
de quarante ans et même au-dessus de cet âge se garderaient
bien de parler patois aux personnes qui parlent français.
Le chant n’est pas cultivé, il faut attribuer cette coupable
négligence à la préoccupation des travaux agricoles.
Les longues veillées d’hiver sont égayées
par quelques chansons pastorales en patois ou par quelques chants
patriotiques en français.
Les mœurs sont douces, empreintes d’urbanité et
de politesse.
Tous les habitants sont catholiques et même de fervents catholiques.
Les sacrifices qu’ils s’imposent pour le traitement du
vicaire le prouverait suffisamment, mais qu’on me permette quelques
autres exemples à l’appui : Un instituteur, en 1870,
ayant refusé de conduire les enfants aux offices divins, conformément
au règlement, fut, sur la plainte des habitants, révoqué
de ses fonctions, aux applaudissements de la population.
En 1882, un crédit de 200 francs fut ouvert, sur les instances
pressantes de l’administration, pour l’achèvement
de la maison d’école. La municipalité trouva le
moyen, par une tromperie, de détourner ces fonds de leur destination
propre et de les affecter à l’amélioration du
presbytère.
En 1883, 300 francs furent employés à l’enjolivement
intérieur de la chapelle et 400 francs en 1885 pour la construction
d’une porte : Travaux superflus.
La population de Calavanté ne recule devant aucun sacrifice
pour le culte. Si elle est prodigue pour l’église, elle
est inversement d’une parcimonie rare pour l’école
qui est inachevée.
Un étranger qui viendrait habiter la commune et qui ne pratiquerait
pas la religion catholique n’aurait pas les sympathies des habitants.
Ils ont une grande vénération pour les morts.
Comme dans toute la contrée, il y a une coutume bizarre au
sujet des décès. Après l’inhumation du
cadavre, les parents et les voisins du défunt se rendent en
corps à la maison mortuaire et font en commun une légère
collation de pain et de fromage. Après cette modeste réfection,
tout le monde tombe à genoux et prie pour le repos de l’âme
de celui qui n’est plus.
La même chose se renouvelle après la messe du neuvième
jour et du bout d’an ; seulement, au lieu d’une légère
collation, on fait un repas copieux d’aliments maigres, préparés
avec de l’huile ou du beurre.
Le costume des habitants est simple et commode, fait d’étoffes
du pays. Les hommes sont coiffés d’un béret bleu
ou marron aplati sur la tête. Pendant la mauvaise saison ils
portent une cape à l’espagnole ou un burnous.
Les femmes sont ordinairement coiffées d’un mouchoir
bariolé. L’hiver, elles se couvrent d’un capuchon
en bure ou en molleton. Si une famille est en deuil les membres se
revêtent de la cape et du capuchon, pendant un an, pour assister
aux offices divins.
La nourriture est grossière et frugale ; la pâte faite
avec la farine de maïs, la bouillie, les pommes de terre, le
lait, les légumes, le pain de méteil sont les aliments
en usage.
On consomme peu de soupe et de viande.
Les archives communales ne sont pas riches. Comme antiquité
elles ne contiennent que les registres de l’état civil
datant de la seconde moitié du dix-septième siècle
et le parchemin dont il est parlé plus haut.
ANNEXE AU TITRE IV
Enseignement
Avant 1820, la commune de Calavanté
n’eut pas d’instituteur. Les enfants obligés de
se déplacer, d’aller ailleurs dans des centres plus populeux
et mieux partagés pour apprendre à lire et à
écrire. Ils devaient faire 4 kilomètres pour se rendre
à l’école la plus voisine.
Le 1er Janvier 1820 un jeune homme de la localité possédant
une médiocre instruction, secrétaire de mairie, Directeur
du chant de l’église, ouvrit une école libre sous
auspices du curé. Il apprenait les prières, le catéchisme,
la lecture, l’écriture et les 4 règles. Pour rémunération
on lui donnait une mesure de froment (25 litres) par élève
et par an ; les élèves qui écrivaient payaient
3 livres en sus (3F) ou donnaient une mesure de maïs.
Les séances se donnaient au premier endroit venu : souvent
en plein air, sous un arbre, les jours de pluie sous un hangar, pendant
la rude saison dans une chambre offerte gratuitement par les parents
de quelque élève ; à l’église les
jours réservés au catéchisme.
Le matériel scolaire très simple,(un banc et une table
pouvant se démonter) était transporté d’un
lieu à un autre.
Les élèves qui écrivaient étaient seuls
admis à la table. Les autres se tenaient droits ou s’asseyaient
par terre.
Ce jeune homme plein de dévouement fut supplanté dans
ses fonctions en 1826, par un nouvel instituteur muni de son brevet.
école
Jusqu’à 1848 l’école fut nomade à
Calavanté et la rétribution scolaire continua à
être payée en denrées jusqu’à 1850.
L’instruction des filles fut négligée jusqu’à
1835. Les mères se récrièrent et voulurent une
institutrice : Satisfaction leur fut donnée. La commune de
Lespouey s’unit à celle-ci pour l’instruction des
filles.
Aujourd’hui la commune de Calavanté possède une
maison d’école où sont installés l’instituteur
et l’institutrice mariés. Ce bâtiment se trouve
sur une propriété communale au centre du village. Il
a deux façades : l’une au levant où se trouvent
les portes d’entrée des deux écoles et l’autre
pour le logement des maîtres.
Le préau découvert des garçons est au sud et
celui des filles au nord.
Commencée en 1879, la maison d’école est inachevée.
Certains petits travaux d’intérieur attendent leur exécution.
Ce qu’il y a de coupable, c’est que les lieux d’aisances
ne sont pas encore construits quoique les fonds soient en caisse depuis
trois ans. Maîtres et élèves souffrent de cette
négligence. Si cette petite construction était faite
et que les préaux fussent clôturés, la maison
d’école de Calavanté serait commode et agréable.
La fréquentation scolaire est régulière pendant
quatre mois à partir du mois de novembre. La désertion
commence avec les beaux jours et les travaux agricoles. Tous les hommes
natifs de la commune savent lire et écrire.Il n’en est
pas de même des femmes. Jusqu’à 1835 elles avaient
resté dans une complète ignorance, celles qui sont nées
depuis cette époque savent lire mais toutes ne savent pas écrire.
La commune n’a ni bibliothèque, ni caisse des écoles,
ni caisse d’épargne scolaire.
Les traitements des maîtres sont : Instituteur 1100 F
Institutrice 800 F
