Monographie élaborée en 1887 par l'instituteur de Chis (65). ce travail a été demandé à tous les instituteurs de France. Ces monographies peuvent être consultées aux archives départementales.

 

 

 

Département des Hautes-Pyrénées

Arrondissement de Tarbes

Canton de Tarbes (Nord)

Commune de Chis

Monographie

Monographie de la commune de Chis

 

Chis est une petite commune du département des Hautes-Pyrénées. Elle est située dans la plaine de l'Adour, sur la rive droite du fleuve de ce nom. Elle est à une distance de 8 kilomètres de Tarbes, qui est même temps son chef lieu d'arrondissement et son chef-lieu de canton. Son territoire forme une figure assez irrégulière dont la plus grande longueur est de 3100 mètres et la plus grande largeur de 1950 mètres. Sa superficie est de 363 hectares. Elle est bornée; à l'est, par Dours et Orleix; à l'Ouest par Aurensan et au nord par Aurensan et Dours.

Chis


Le terrain est tout à fait plat; la nature du sol n'est pas la même dans toute l'étendue du territoire: Au midi, à l'ouest et au Nord-Ouest, le territoire est sablonneux tandis qu'il est argileux au centre, à l'est et au nord.
La couche de terre arable est peu profonde; aussi, la fertilité du sol est moyenne.
Le territoire est arrosé par le canal de l'Alaric qui le limite à l'est. La régularisation des eaux de ce canal est si mal établie que pendant les mois d'août et de septembre le canal est privé d'eau; il en résulte que les prairies ne pouvant être arrosées que d'une manière imparfaite, la quantité de regain qu'elles produisent est souvent insignifiante. Vers la fin du printemps, au contraire, il arrive parfois que les eaux du canal grossies par des pluies continues sortent de leur lit et ensablent les foins.
Comme eau potable, chaque maison a un puits de peu de profondeur, qui lui fournit de l'eau en abondance.

 

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L'altitude de Chis est de 300 mètres ; son climat est sain et généralement doux ; l'hiver est rarement rigoureux ; le printemps tempéré et parfois pluvieux ; l'été sec et orageux et l'automne tempéré et très agréable. Les vents dominants sont : celui du Sud Ouest, précurseur de la pluie et des orages ; celui du Sud, ordinairement chaud et accablant ; ceux du Nord et du Nord Ouest présagent le beau temps. Bien que ce village ne soit pas très éloigné des montagnes, la neige y fait rarement son apparition et disparaît assez rapidement. Parfois, au printemps, des gelées tardives viennent compromettre le rendement des arbres fruitiers. Le pays est très sain : aussi on n' y voit jamais de maladies endémiques.


Chis

II

D'après le recensement de 1886, la population de Chis est de 165 habitants. Ce chiffre reste stationnaire depuis un certain nombre d'années ; il ne tend ni à augmenter ni à diminuer, il y a 43 maisons et 47 feux.
Le service des cultes est fait par un desservant.
La commune fait partie de la perception de Tarbes, et est desservie, pour les postes et télégraphes, par le bureau de Tarbes.
L'organisation municipale est, comme dans toute la France, réglée par les dispositions de la loi du 5 avril 1884 ; la commune a dix conseillers municipaux parmi lesquels on compte un maire et un adjoint. En fait de fonctionnaires municipaux, il y a un secrétaire de mairie, un garde champêtre et un valet commun.
La valeur du centime communal est de 11.62 : le montant des ressources ordinaires s'élève à 2648 francs.

III

Le territoire de Chis comprend des prairies, des terres labourables, des vignes et des forêts.
Les prairies donnent un assez bon fourrage : on fait deux coupes par an, mais, comme il est dit plus haut, la seconde coupe, qui fournit le regain, donne parfois,

 

 

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faute d'arrosage suffisant, un faible produit.
Le fauchage et le fanage se font à la main. Néanmoins, pour le fauchage, il y a des propriétaires qui ont déjà commencé à faire usage des faucheuses.
Un hectare de prairie donne en moyenne trente-cinq quintaux de foin et quinze de regain. Après l'enlèvement du regain, il pousse une troisième herbe nommée vulgairement rebord qui donne un excellent pacage pendant la saison d'automne.
Les terres labourables produisent toute espèce de céréales. Les cultures principales sont : le blé et le maïs; on cultive également la pomme de terre dont le produit est assez rémunérateur.
L'assolement est biennal : après le maïs, froment ou pommes de terre : après le froment, maïs et ainsi de suite. Entre ces deux récoltes la terre est occupée par le trèfle incarnat qui donne un bon pacage et ameublit le sol.
Le rendement moyen par hectare des diverses céréales peut être fixé ainsi qu'il suit : froment, 15 hectolitres; seigle 18 hectolitres; méteil, 16 hectolitres; orge et avoine, 23 hectolitres; pommes de terre, 130 hectolitres.
On laboure la terre soit en billons, soit en planches, soit à plat. La plupart des céréales sont coupées à la faux ou à la faucille. On bat les blés au moyen de batteuses : l'usage du fléau a disparu presque complètement : on ne le trouve que chez le propriétaire dont la quantité à battre est insignifiante.
On laboure les terres au moyen de la charrue : les autres instruments aratoires en usage sont la herse, le croissant et le marquoir.
On sème les blés ordinairement en novembre. Le cultivateur prend peu de soin pour préparer sa terre à recevoir la semence : il arrache les tiges de maïs, il herse pour niveler le terrain et il sème.
Pour le maïs, la préparation est plus coûteuse. On laboure ordinairement à plat le terrain sur lequel on a laissé pacager pendant longtemps les animaux domestiques; on herse dans les

 

 
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deux sens et on quadrille le sol au moyen du marquoir. A chaque intersection on place les grains de maïs qu'on recouvre ordinairement au moyen du pied. On associe toujours au maïs le haricot dont le rendement est assez important.
Lorsque le maïs a atteint 10 à 15 centimètres, on le bine et plus tard on le butte. Quelque temps avant la récolte on a soin de couper les sommités des tiges qu'on donne à manger aux animaux; cette opération hâte la maturité du maïs en facilitant l'action du soleil.
La terre ensemencée en maïs produit par hectare environ 26 hectolitres de maïs et 12 hectolitres de haricots.
Dans les terres cultivées, on fait encore, mais en quantités insignifiantes, des fèves, des pois, des navets, du millet, etc.
Avant 1852, date de l'apparition de l'oïdium, il y avait dans le territoire de Chis beaucoup de vignes hautes qui donnaient un fort rendement. Lorsque le fléau survint, on les arracha et on les remplaça par des vignes basses qui ont donné pendant longtemps un fort revenu. On propage la vigne au moyen de boutures enracinées ou non; on la taille le plus souvent en février, on lui donne généralement deux labours, l'un en avril et l'autre en mai. Les vendanges, ou récolte des raisins, ont lieu ordinairement en octobre.
Le rendement de la vigne est en moyenne de 18 hectolitres à l'hectare.
Le phylloxéra n'a pas encore fait son apparition dans la commune de Chis, mais le mildew a complètement détruit l'avant-dernière récolte; en 1886, il a encore causé un préjudice considérable. Certains propriétaires ont aspergé leurs vignobles avec une dissolution de sulfate de cuivre et de chaux; ils ont ainsi conservé les feuilles et les raisins sont arrivés à parfaite maturité.
Le cultivateur ne retire plus de son fonds un produit rémunérateur; il est déçu dans ses espérances parce qu'il ne rend pas à la terre ce qu'il lui demande.

 

 
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D'abord, épuisement par suite de cultures qui se succèdent et ensuite fumure insuffisante ne peuvent amener que des produits médiocres. Nos cultivateurs savent bien qu'ils pourraient combler ce déficit de fumure en augmentant leurs têtes de bétail ou au moyen d'engrais chimiques, mais le manque de capitaux entravent et arrêtent tous leurs projets. Il comprennent aussi que si notre sol donnait autrefois de meilleurs résultats c'était par suite de jachères; mais ce mode d'assolement n'est plus possible aujourd'hui à cause du morcellement de la propriété. Il serait à désirer que des champs d'expérience fussent établis dans notre département et que des syndicats s'organisassent : c'est là que nos bons cultivateurs pourraient s'inspirer des excellentes méthodes employées dans nos fermes-écoles et qu'ils se convaincraient des avantages qui résultent des bonnes associations agricoles.
Dans le territoire de Chis il y a 60 hectares de bois-taillis, essence de chêne, appartenant à des particuliers et 12 hectares appartenant à la commune; celle-ci possède encore 6 hectares de futaie, même essence, dont le bois est assez recherché pour constructions. Les bois appartenant à la commune sont tous soumis au régime forestier : il lui est délivré chaque année, par l'administration forestière, une coupe ordinaire de bois qui est vendue sur les lieux aux enchères publiques. Le produit de cette vente varie de 900 à 1000 francs.
Les animaux domestiques qu'on rencontre dans la localité sont : les bœufs, les vaches, les juments, les ânesses, les porcs. Comme oiseaux de basse-cour on élève les oies, les canards et les poules : un petit nombre de propriétaires élèvent également des pigeons.
En fait de gibier, on trouve dans la commune des lièvres, beaucoup de cailles, des alouettes et peu de perdreaux.
La route nationale N° 21 traverse le village de Chis et conduit au chef-lieu : les chemins vicinaux et les chemins ruraux sont en bon état; les journées de prestations sont affectées à l'entretien des chemins de la commune.

 

 

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Comme moyens de communication, il n'y a pas de voitures publiques, mais la plupart des propriétaires possèdent des juments et des voitures à deux roues dont ils se servent pour le transport des denrées et des personnes.
Le commerce local est pour ainsi dire nul; il y a deux auberges mais leur débit est insignifiant; on fait usage des nouvelles mesures.

IV

Il n'existe aucun document qui permette d'établir l'étymologie probable du nom de la commune et l'histoire municipale : on ne conserve le souvenir d'aucune tradition.
L'idiome local est le patois bigourdan; c'est un langage peu harmonieux, assez difficile à prononcer, et surtout à écrire.
On chante peu dans la commune : néanmoins depuis que la musique est obligatoire dans les écoles on entend fredonner les airs qu'on y apprend et surtout les airs patriotiques.
Les vieilles chansons de d'Espourrin n'y sont plus connues que de nom : les vieillards seuls ont souvenance de ces mélodies populaires dues à la plume d'un compatriote.
Les habitants sont vifs et travailleurs; ils sont rangés et honnêtes et se font un plaisir d'être utiles à leurs semblables; ils ont des habitudes d'ordre et d'économie; leurs mœurs sont pures; ils professent la religion catholique.
Depuis un certain nombre d'années, le système d'alimentation a tout à fait changé; on ne mange plus le mauvais pain de maïs, mais on consomme le pain frais et nourrissant de froment et de méteil. Le cultivateur ne se contente plus de la viande salée dont il use tous les jours; de temps à autres, il mange de la viande de boucherie et même une partie de la volaille qu'il élève. Il ne se prive pas de vin; si le vin naturel est rare et trop cher, il trouve moyen de se procurer du vin de fabrication dont le prix est d'ailleurs peu élevé. En somme, il se nourrit bien; aussi, il est vigoureux.

Fin du texte déposé aux ADHP

 

Copie du texte:Michel Sauvée et Thierry CENAC
 

Amicale des Bigourdans de Paris