Monographie élaborée en 1887 par l'nstituteur
de DOURS (65) Cyrille St-UPERY. Ce travail a été demandé
à tous les instituteurs de France. Ces monographies peuvent être
consultées aux archives départementales.

Commune de Dours
___
Situation géographique ;
description physique du pays
Eaux potables, température,
climat, salubrité
___
Dours est un petit village situé dans la partie nord-ouest
du département des Hautes Pyrénées dans le pays de Bigorre
dont il portait encore le nom au 17emme siècle, (Dours-en-Bigorre)
dans l’arrondissement de Tarbes dont il est séparé par une distance
de 10 kilomètres environ, dans le canton de Pouyastruc du chef-lieu
duquel il n’est séparé que par une distance de 6 kilomètres.
Il est à 290 mètres d’altitude environ, sur une
colline fertile qui s’étend du sud au nord et domine du couchant
la plaine de Tarbes, du côté du levant le vallon de Loulès.
Son territoire a la forme d’un long rectangle
s’étendant du sud au nord limité par les territoires de Rabastens
et de Lescury au nord, par ceux de Sabalos et d’Orleix au midi,
par ceux de Louit, de Soréac et de Castéra au levant, desquels il
est séparé par Loulès, au couchant par ceux de Chis, Aurensan et
Tostat dont il est séparé en partie par l’Alaric et en partie par
l’Aule.
Sa longueur du nord au sud est d’environ 5000
mètres.
Sa surface est d’environ 750 hectares.
Les propriétaires forains possèdent environ le
1/3 de cette surface, il reste donc pour la commune de Dours 500
hectares d’où il faut retrancher une surface d’environ 60 hectares
en bois, landes et chemins, il reste pour contenance exploitée par
les propriétaires de Dours, 440 hectares ce qui fait pour chaque
habitant 7 hectares de terrain ou 30 journaux environ en mesure
du lieu.
A cheval sur une belle colline, la première en
venant de l’ouest, Dours jouit d’un point de vue magnifique.
Son horizon s’étend d’un côté jusqu’aux Pyrénées dont
la teinte bleue est d’un aspect magnifique, d’un autre jusqu’aux
collines limitrophes des Basses-Pyrénées, couvertes de bois ou de
bruyère et que couronnent quelques rares maisons.
Pendant une belle journée d’été le site est des
plus pittoresques.
Les Pyrénées attirent d’abord les regards; En
face du spectateur, débouche la vallée de Campan dont son imagination
franchit volontiers les bords, et descendent les contreforts qui
s’abaissent insensiblement pour donner naissance à la plaine.
Puis son œil se perd sur la vaste et plantureuse
plaine de Bigorre, couverte de belles moissons et où sont échelonnés
de beaux villages à demi cachés dans les arbres.
Le sol est fertile et profond en général, et propre
à toute culture.
Sur le flanc occidental de la colline, le terrain
est caillouteux et très propre à la culture de la vigne qui y vient
très bien et donne un vin de très bonne qualité.
Sur le flanc oriental et dans la plaine croissent
surtout le blé, le maïs ; les plaines naturelles y réussissent
très bien aussi, surtout dans la plaine, le long des ruisseaux.
Dours est assez bien arrosé. Ses cours d’eau sont :
l’Alaric, canal dérivé de l’Adour à Pouzac, et qui arrose la partie
occidentale du territoire ; l’Aule qui se détache de l’Alaric
près de Chis, coule entre les territoires de Dours d’un côté et
ceux de Chis, Aurensan, Tostat de l’autre. Elle va rejoindre l’alaric
au nord de Rabastens ; le Loulès qui arrose la partie orientale
du territoire, coule entre les territoires de Dours d’un côté et
ceux de Louit, Soréac, Castéra de l’autre ; il tombe dans l’Alaric
au milieu du territoire après avoir contourné la colline qui s’abaisse
brusquement à ce point ; enfin la Riou, faible ruisseau qui
ne coule guère que l’hiver et après de fortes pluies, dans une petite
gorge de collines entre Sabalos et Dours d’un côté, Orleix de l’autre.
Elle contourne la colline d’Oleix qui s’abaisse subitement et se
dirige vers l’Alaric où elle ne tarde pas à tomber.
D’après la tradition, l’Alaric aurait été
construit au temps où Alaric roi des Wisigoths était maître du Pays.
Il l’aurait fait construire pour amener les eaux de l’Adour vers
la plaine de Rabastens où il était avec une armée. Ce canal aurait
conservé son nom de canal d’Alaric.
L’Aule, qui sort de l’Alaric près de Chis,
n’est d’abord qu’un petit fossé, mais elle grossit vite et devient
importante vers Tostat et Escondeaux qui ne manquent jamais d’eau
pendant la plus grande sécheresse. Peu de parties de la plaine sont
aussi arrosées en plein été que celles que traverse l’Aule, tandis
que l’Alaric d’où elle dérive est à sec. Elle porte toujours la
fraîcheur et la végétation dans ses environs.
Cela tient du nombre considérable
de sources qui l’alimentent dans son parcours et l’empêchent d’être
jamais à sec.
Le débit, d’ailleurs peu important de ces cours
d’eau, varie suivant les époques de l’année. Abondant en hiver et
au printemps ,il est presque nul en été et à l’automne.
Pour l’Alaric et l’Aule il est d’environ 5 mètres
cubes à la seconde pendant l’hiver et le printemps, de 1mc 500 pendant
l’été et 2c m pendant l’automne, ce qui donne un débit moyen de
2mc 10 pendant toute l’année.
Le
débit de l’Alaric tend de plus en plus à se régulariser depuis l’établissement
d’un syndicat du canal, qui a pour but d’entretenir dans le canal,
constamment, une quantité d’eau déterminée et à des époques aussi
fixées.
Les membres du syndicat sont pris parmi les propriétaires
les plus intéressés au bon fonctionnement du canal ; ils sont
élus pour cinq ans et ont des réunions annuelles où ils discutent
et votent les améliorations à introduire pour le bon fonctionnement
du canal.
Chaque propriétaire intéressé paye tous les ans
une somme fixée par le syndicat, laquelle sert aux réparations des
digues ou autres ouvrages utiles relatifs au canal.
Ce syndicat est encore dans l’enfance, il n’a
pas produit tout ce qu’on peut en attendre.
Il est permis d’espérer que dans un avenir très
prochain, grâce à de bons règlements, la plaine qui avoisine
l’Alaric pourra rivaliser avec le reste de la plaine mieux favorisée
pour l'arrosage.
Le Loulès et le Riou sont beaucoup moins importants
que les précédents, leur débit est très faible. Ce n’est guère qu’en
hiver et lors des fortes pluies qu’ils grossissent.
Les eaux des versants qui les entourent arrivant
rapidement dans leur lit les font croître subitement, même déborder
sur les champs et les prés environnants. Leur débit moyen peut atteindre
500 litres par seconde.
Ces cours d’eau sont guéables sur tous les points,
pendant presque toute l’année, aussi existe t-il très peu de ponts
et consistent-ils pour la plupart, en quelques planches jetées sur
le courant.
Quelques ponts en maçonnerie, bâtis par les soins
de l’administration des ponts-et-chaussées, existent aussi sur les
chemins vicinaux, existent aussi sur les chemins à l’endroit où
ils sont traversés par ces cours d’eau. Tous ont été construits
récemment. Anciennement le piéton traversait l’eau sur de simples
passerelles jetées près des gués ; les voitures passaient au
ga da ru (gué du roi), au ga de Soréac (gué de Soréac).
Comme tous les cours d’eau à lit peu large, l’Alaric,
l’Aule, le Loulès; La Riou éprouvent de fréquentes crues pendant
l’hiver et quelquefois au printemps.
On les remarque peu, les habitants n’ayants n’ayant
pas à en souffrir.
Leurs eaux s’étendent librement sur les prairies
environnantes et y déposent un limon bienfaisant qui active la végétation
de l’herbe. Quelquefois aussi les crues ont lieu en juin, à l’époque
du foin, alors la récolte est perdue, la terre qui la couvre la
rendant impropre à la consommation.
Les propriétaires ont établi des travaux de défense
contre les eaux, ils ont élevé autour des cours d’eau des banquettes
en terre qui les empêchent de sortir de leur lit.
La colline elle-même ne possède pas de cours d’eau,
mais en revanche est-elle pourvue d’abondantes sources d’une eau
fraîche, limpide et calcaire.
Plusieurs maisons possèdent des puits dont la
profondeur varie entre 25 et 30 mètres.
Cette profondeur influe beaucoup sur sa pureté,
sa fraîcheur et sa composition.
Les nombreuses assises de pierres calcaires, d’argile,
de marne, dont se compose la colline filtrent l’eau qui arrive à
la source avec un degré de pureté et de fraîcheur très grand.
Presque toutes les sources sont calcaires, ce
que l’on peut remarquer quand on fait cuire certains légumes comme
les haricots, à la bonne constitution des habitants, à leurs dents
fortes et bien conservées, enfin en l’absence presque totale de
maladies qui ont leur germe dans les eaux chargées de principes
impurs.
La profondeur considérable des sources, les travaux
coûteux auxquels on doit se livrer pour les capter, les dangers
auxquels on doit s’exposer font que le nombre de puits est assez
restreint; on use aussi beaucoup dans les ménagers pauvres surtout,
de l’eau de fontaine dont les qualités ne le cèdent en rien à celles
de l’eau des puits.
Ces fontaines sont presque ce que la nature les
a faites, car de temps immémorial on n’y a fait de travaux sérieux
pour en faire des sources commodes faciles à exploiter.
Leur débit est considérable ; même en plein
été leurs environs sont inondés et souvent impraticables.
L’une d’elles, pour n’en citer qu’une, qui consiste en un
petit bassin de 2 m ² fournit journellement de 150 à 200 litres
d’eau pour quelques ménages environnants, sans que son niveau baisse
visiblement.
Dours se trouve à 2°10 environ de longitude occidentale
et à 43°20 de latitude nord.
Son climat est tempéré, il n’y a jamais ni froid,
ni chaleurs excessifs, la température moyenne est de 15° centigrade
environ.
Les étés sont très chauds, il tombe très peu d’eau
en cette saison, ce qui fait souffrir beaucoup le maïs; les hivers
y sont rarement vigoureux ; le printemps en revanche est pluvieux,
froid, même, et met souvent en danger la vigne et les arbres fruitiers
qui poussent avec la tiédeur des dernières journées d’hiver. L’automne
y est très beau.
Le vent dominant est le vent d’ouest qui amène
la pluie.
Il tombe en moyenne par an une colonne d’eau de
0m70 et très peu de neige.
Sous le rapport de la salubrité, Dours est un
village des plus partagés.
Les maisons bâties sur la crête, bien espacées
reçoivent à pleins flots l’air qui se renouvelle constamment.
Les eaux ne séjournent point le log des habitations,
les deux pentes de la colline les en éloignent bien vite.
Il
est rare aussi d’y trouver des maladies causées par le défaut d’air
pur, ou les eaux dormantes. A plusieurs reprises, notamment en 1870,
la plupart des villages des alentours ont été désolés par des maladies
contagieuses, comme la petite vérole; Dours n’a pas eu un seul cas.
Cela est dû sans nul doute à sa position qui lui
assure l’air pur et la propreté.
Si les maladies y sont rares, la mortalité n’y
est pas considérable non plus.
Les
registres de l’état civil ne mentionnent à quelques exceptions près,
que des décès de personnes âgées en moyenne de 70 à 85 ans et si
on interroge les vieillards, presque tous affirment n'avoir jamais
été atteints de maladies.

Population, divisions, cultes,
Finances, postes, revenus.
___
Le
chiffre de la population a été au dernier recensement de 200 habitants,
chiffre inférieur de beaucoup à la moyenne de la population des
communes de France qui atteint environ 1000 habitants.
Si on jette les yeux à quelques
années en arrière on peut se convaincre que le chiffre de la population
suit une marche décroissante.
En 1867 la population de Dours
était 250 h.
En 1872 _____________________ 240
h.
En 1878 _____________________
214 h.
En 1882 _____________________
204 h.
En 1886 _____________________
200 h.
Ce décroît de population très accentué puisqu’il
a atteint dans une vingtaine d’années le cinquième de la population,
a pour cause principale la crise agricole que nous traversons depuis
quelques années, le peu de production surtout de la vigne, principale
ressource du village, sur laquelle étaient étayées toutes les dépenses
du propriétaire.
Bon nombre d’entre eux sont allés
chercher ailleurs l’aisance qu’ils ne trouvaient plus chez eux,
d’autres ont diminué le nombre de leurs domestiques.
Les naissances ont enfin diminué
considérablement.
On arrive ainsi au chiffre de 200 habitants
que Dours possède actuellement.
Si la crise persiste, ce nombre
diminuera encore, mais non dans les proportions aussi considérables.
Dours forme une seule section de
commune et comprend plusieurs quartiers.
la Carrerasse qui comprend 21 feux et 82 individus.
l’Enclos qui compte 13 feux et 61 individus.
le Village qui compte 14 feux et 50 individus.
Enfin la population éparse qui compte 2 feux
et 7 individus, au total, 50 feux et 200 individus.
L’administration communale est
exercée par dix conseillers municipaux, dont un maire et un adjoint
élus pour quatre ans (loi du 5 avril 1884).
La commune a un secrétaire de la
mairie, un garde forestier, un garde champêtre.
Les autres fonctionnaires qui habitent la commune
et y exercent leurs fonctions sont le curé, l’instituteur, l’institutrice.
Sous le rapport des cultes, Dours
est desservi par un curé toute la population sans exception pratiquant
le culte catholique.
Pour les postes et télégraphes,
il est desservi par le bureau de poste de Pouyastruc son chef lieu
de canton.
La correspondance est transmise
par un facteur rural.
Pour les finances, Dours appartient
à la perception de Pouyastruc.
Le
percepteur de cette résidence est en même temps le receveur
municipal de Dours.
Les revenus de la commune consistent principalement dans la vente
de ses bois, les subventions de lEtat et la part qui lui revient
sur les divers impôts.
Ils atteignent annuellement en moyenne 5000
francs.
Les dépenses atteignent à peu près
le même chiffre, et ont pour objet le traitement des fonctionnaires
municipaux et autres, l’entretien des chemins vicinaux, des monuments
publics, des places, etc.
La valeur du centime est de 11,63.

Productions, produits de
toute nature,
Voies de communication,
commerce local ,
Mesures locales
___
Les
principales cultures sont celles du blé, du maïs, de la vigne, des
pommes de terre et des prairies.
La culture du blé et du maïs domine, surtout dans
les terres fertiles, sur les coteaux où la terre est moins fertile,
la vigne seule est cultivée. La pomme de terre vient ensuite. Enfin,
sur les rives de l’Alaric, de l’Aule, et du Loulès, s’étendent exclusivement
les prairies naturelles.
Les prairies artificielles sont assez rares, on
n’en connaît généralement pas les avantages.
La terre labourable occupe environ la moitié de
la surface totale cultivée, les vignes le tiers et les prairies
le sixième.
La production est pour chaque produit, d’environ :
650 hectolitres de blé par an
500_________ de vin _____
260_________de maïs_____
300_________de pommes de terre_____
2000 quintaux de fourrage_____
60 hectolitres de haricots_____
Comme on le voit, les cultures de blé, de la vigne,
et du maïs dominent. Elles sont la base du commerce local, la dernière
en servant à l’élevage des bestiaux qu’on porte ensuite sur les
marchés.
Les procédés de culture sont assez bien compris,
quoique sur bien des points la routine ait encore des traces.
On use des assolements triennaux et des jachères
dans les terrains peu fertiles.
On sait faire succéder une plante épuisante à
une plante qui ne l’est pas et réciproquement.
Depuis peu on s’est avisé d’augmenter la fertilité
des terres en y jetant des engrais chimiques en rapport avec la
nature du sol et la plante à semer. Le bon effet de ces engrais
auxquels les préjugés de la routine empêchaient de croire a ouvert
les yeux des agriculteurs, ils prodiguent aujourd’hui ce fumier
artificiel et n’ont qu’à se louer des résultats.
La vigne seule, qui est la première des richesses
est négligée. On la laboure, on la taille tant bien que mal et on
attend la récolte. Certaines vignes ont bien cent ans d’existence,
et jamais on n’a pensé à y porter une brouettée de fumier.
C’est ce qui explique leur peu de vigueur et la
facilité avec laquelle ses ennemis l’atteignent et la font périr.
La taille est aussi défectueuse. On laisse trop
de rameaux à fruits, on épuise le pied par une production forcée,
sur sol non fertilisé d’aucune espèce d’engrais, et on s’étonne
après quelques années de ne plus la voir produire.
Le phylloxéra n’a pas encore été signalé à Dours,
mais il existe à peu de distance de son territoire, à 2000 mètres
environ, des vignes phylloxérées ; on peut donc chaque jour
s’attendre à voir apparaître le parasite, puisque d’après les études
faites sur cet insecte, il est démontré que quand il existe sur
un point déterminé, aucun vignoble à 20 Km de rayon n’est indemne.
La plupart des propriétaires de Dours et aux environs,
ne croient pas au phylloxera ; ils accusent tout excepté cet
insecte, des ravages que l’on remarque sur certains vignobles ;
température, froids du printemps, gelées tardives, labours faits
inopportunément et mille autres choses qui, il est vrai, ont aussi
depuis quelques années leur part de dégâts.
Si le phylloxera n’a point paru encore, en revanche
le mildew exerce-t-il sur une vaste échelle ses ravages. Au mois
d’août on ne trouve plus de feuilles sur les vignes, leurs rameaux
sont nus comme en hiver, les raisins encore verts pendent seuls,
ne mûrissent pas et donnent un vin âcre, de mauvaise qualité et
qu’on ne peut pas conserver.
Il est à remarquer que lorsque le printemps est
sec la vigne conserve mieux ses feuilles et que la vendange mûrit
mieux.
Le mildew, comme tous les champignons, est favorisé
par le temps pluvieux.
L’année 1885 a eu un printemps sec, aussi, la
vigne a-t-elle conservé ses feuilles en partie et la vendange a-t-elle
été supérieure à celle des autres années en qualité et en quantité.
Quelques propriétaires ont essayé le traitement
au sulfate de cuivre et ont très bien réussi, leurs vignobles ont
conservé leurs feuilles jusqu’après la récolte et leur vin est supérieur
à celui des vignes non traitées.
L’oïdium fait aussi beaucoup plus de ravages qu’on
ne le croyait et ce n’est que depuis 4 ou 5 années qu’on traite
les vignobles avec la fleur de souffre, ce qui produit les plus
heureux résultats.
Depuis que la vigne a cessé de produire en abondance,
on s’est beaucoup adonné à l’élevage des bestiaux. Les gros bœufs
de labour ont presque totalement disparu et ont été remplacés par
des troupeaux de vaches laitières de la race de Lourdes surtout.
On a augmenté d’une façon notable la surface des
prairies, notamment celle des prairies artificielles et on cherche
sans réussir à se dédommager de la perte des vignobles. On élève
aussi beaucoup le porc, on trouve également quelques troupeaux de
moutons ; on élève aussi des juments pour les mules qu’on expédie
en Espagne.
Dours est admirablement exposé pour le gibier.
Le vallon de Loulès surtout et le flanc des deux collines qui l’entourent
sont le lieu de rendez-vous des chasseurs de la contrée.
On y rencontre à toutes les saisons le lièvre,
le lapin, la perdrix, pendant l’été seulement la caille et le râle ;
pendant l’automne, la palombe , le ramier fréquentent par quantités
considérables ses bois et y restent quelquefois jusqu’au printemps ;
pendant l’hiver, on rencontre sur les cours d’eau ou sur les lieux
humides, la bécasse, la bécassine, le canard, l’oie sauvages, partout,
le corbeau qu’on ne chasse pas.
Sous le rapport de la pêche, Dours n’est pas aussi
bien partagé. L’Alaric et l’Aule qui ne tarissent jamais en entier
sont les seuls cours d’eau où l’on trouve du poisson, mais ils sont
rendus inabordables sur presque tous les points par les haies et
broussailles qui les entourent.
On peut y pêcher le goujon, et l’anguille qui
y abondent et une espèce de poisson appelé vulgairement poisson
blanc qui atteint une assez belle grosseur. On rencontre sur quelques
points aussi, l’écrevisse.
L a commune de Dours possède beaucoup de bois
soumis au régime forestier qui la rendent aisée. Ils occupent sur
le nord-ouest du territoire une étendue de 50 hectares environ.
Ces bois étaient au 16e siècle encore
la propriété du seigneur de Dours qui autorise chaque habitant à
prendre du bois pour son usage, moyennant une redevance annuelle
d’un sac d’avoine et d’une poule.
Les principales essences qu’on y rencontre sont :
le chêne et le frêne qui y deviennent superbes.
Tous les ans on y fait des coupes ordinaires et
extraordinaires, les premières, pour le besoin des habitants, les
deuxièmes pour être vendues au profit de la caisse communale.
Ces coupes sont aménagées de façon à ne revenir
au point de départ de la première que dans un nombre d’années tel
que le bois soit de nouveau propre au chauffage ou à la construction.
Le reboisement se fait ainsi naturellement.
Le village ne possède ni mines, ni carrières dignes
de ce nom ; on exploite cependant la marne, l’argile et sur
la colline une pierre calcaire bonne à bâtis, mais que la proximité
des cours d’eau et conséquemment de la pierre, a fait tomber en
désuétude.
L’argile
était naguère employée dans une usine très importante où l’on fabriquait
la tuile et divers autres produits en terre pour l’habitation.
Dours possède enfin
un moulin à céréales.
Histoire
municipale, habitations, légendes,
Costumes,
alimentation, archives, documents
Pour
l’histoire de la commune

Il
serait peut être très difficile de remonter à l’origine du village.
Il a dû se constituer à l’époque de la féodalité.
Sa
belle position au sommet d’une colline d’où l’on aperçoit bien loin
dans la plaine, le désignait pour être le siège d’un château féodal.
Il
s’y établit, en effet, avec de hautes tours crénelées, d’où lui
est venu par corruption peut-être, son nom.
Les
murs épais existent encore et ses fossés profonds et larges l’entourent
toujours.
Les
maisons des serfs s’y élevèrent autour et formèrent probablement
le village primitif, village bien pauvre s’il faut en croire le
témoignage de quelques habitants contemporains qui déclarent qu’elle
est un si misérable lieu qu’il n’y eu jamais ni bouchon ni boucherie.
Pendant
les guerres de religion, il fut la possession du boucher royaliste
Monluc, s’il faut en croire l’attestation de certaines pièces que
les propriétaires actuels du château auraient trouvées en fouillant
les décombres.
En
1690, le château seigneurial est la propriété de la dame de Massencome
dame de Dours qui donne aux manants usage du bois moyennant un sac
d’avoine et une poule de redevance par feu.
D’après
les habitants ce château a été maintes fois assiégé et détruit finalement
à la révolution. A cette époque des témoins oculaires rapportent
qu’on porta les ornements avec ceux de l’église pour dresser
un autel à la raison, sur la colline, au-dessous du château. Là,
les habitants dansaient tout autour en chantant le fameux ça
ira.
Il
y a quelques années encore, on montrait une butte en terre d’un
mètre de hauteur qui aurait été le piédestal de l’autel.
Aujourd’hui
encore, on distingue très bien la place du pont-levis, ses trois
enceintes échelonnées en gradins et qui le rendaient imprenable.
Les
fossés sont encore béants, mais à moitié comblés.
Il
y a environ 60 ans, le château passa entre les mains de nouveaux
propriétaires qui déblayèrent ces fossés et détruisirent ou laissèrent
perdre tout ce qu’ils trouvèrent.
Un
tumulus existait au nord du château dont on a répandu la terre à
la même époque.
On
a trouvé dans ce tumulus ainsi que dans les fossés, des débris d’armes
anciennes, des têtes, des ossements humains qui dénotent à n’en
pas douter que ce château a eu à soutenir des luttes terribles.
Aujourd’hui
sur ces ruines s ‘élève une belle maison, sur les fossés à
moitié comblés poussent de beaux arbres fruitiers, et enfin les
alentours du château, qui jadis ont dû voir tant de bouleversements,
sont parés de belles récoltes.
Les
costumes en usage sont simples, ils consistent pour les hommes en
un pantalon et une veste faits avec la laine des troupeaux, pour
l’hiver, et en fil de lin ou de coton pour l’été.
On
emploie aussi beaucoup à la place d’une veste, une espèce de chemise
courte en coton, appelée blouse.
Le
béret pour l’hiver, le chapeau en été, sont les coiffures uniques
du paysan.
La
femme porte un cotillon et une casaque forme veste à toutes les
saisons.
Le
sabot est la chaussure la plus généralement employée, le soulier
l’est quelque peu pendant l’été.
L’alimentation
est aussi des plus simples. Tout ce qui en est l’objet lui est presque
totalement fourni par la terre, à l’exception de quelques épices,
très peu du reste, qu’il se procure sur le marché.
Elle
a pour base le pain, la viande de porc, le vin, la pomme de terre,
le maïs, les légumes, qui lui sont tous fournis par le sol.
Le
patois est l’idiome généralement parlé, cependant, il perd beaucoup
de terrain et le français est également assez bien parlé aujourd’hui.
Historique de l’enseignement,
Ecoles,
leur description,
améliorations à réaliser, institutions scolaires,
traitements
des maîtres
L’enseignement
ne date guère que de 1825. Avant cette époque, il n’existait ni
maison d’école, ni instituteur dans la commune.
Quelques
rares privilégiés recevaient aux dires des vieux, l’enseignement
de la lecture et de l’écriture au presbytère les jours de fête seulement,
encore arrivaient-ils rarement à lire et à écrire couramment.
Très
peu d’actes d’état civil sont signés avant 1840.
L’enseignement
laissait bien à désirer. Les maîtres n’étaient point assez rétribués.
Ils
recevaient un quart de sac de blé jusqu’à ce que les enfants savaient
lire et un demi sac pour ceux qui savaient écrire. C’était bien
peu de chose dans un village qui envoyait en moyenne 10 enfants
à l’école ; aussi l’instituteur cumulait-il bien des métiers.
Quelquefois,
il allait gagner sa journée chez les propriétaires, il était sacristain,
sonneur de cloches, mesureur de vin. Ce dernier métier était de
tous le plus lucratif ; il recevait 1f 50 par char de vin (8
hect.) ce qui lui rapportait, bon an, mal an, 200f de revenu.
Pendant
ce temps, l’école chômait, l’instruction n’était pas enviée, le
paysan faisait peu de cas d’un enseignement donné de telle façon
par de tels maîtres ; le riche envoyait ses enfants s’instruire
à la ville.
Depuis
cette époque, le progrès a toujours avancé, la commune a toujours
eu des instituteurs de plus en plus dignes de ce nom, une maison
d’école a été construite vers 1836 pour les garçons, on a restauré
une vieille maison appartenant à la commune et on y a établi l’école
des filles.
L’école
des garçons se trouve sur la place principale, au centre du village,
elle a sa façade principale exposée au midi ; elle est à deux
étages et comprend 7 pièces dont 4 au rez-de-chaussée, cuisine,
salle d’école, bûcher, cave) et au premier, (mairie, salle à coucher,
salle non appropriée). Au nord de la maison est un jardin.
L’école
des filles est au nord de celle des garçons, sur le bord du chemin
qui lui sert de cour, elle n’a qu’un rez-de-chaussée et ne comprend
qu’une seule pièce, la salle d’école, et n’a pas de jardin.
L’institutrice
est logée aux frais de la commune dans une maison de particuliers.
Dans
l’école des garçons, les besoins sont assez satisfaits sous tous
les rapports.
Le matériel
d’enseignement strict nécessaire y existe seulement.
Le logement
du maître est aussi à peine suffisant.
Dans
l’école des filles presque rien du nécessaire n’existe, le matériel
scolaire y fait presque totalement défaut. Le logement de l’institutrice
manque également.
Les
écoles sont en général bien fréquentées pendant la plus grande partie
de l’année par tous les enfants sans exception.
Aucun
des conscrits de la classe dernière, n’était illettré, tous les
conjoints en 1885 ont pu signer.
Une
bibliothèque scolaire existe depuis 1884. Elle a reçu de M. le ministre
la même année un don d’une vingtaine de volumes qui sont lus avec
assiduité. Dans le dernier semestre de 1886, le nombre de lecteurs
a été de 13.
Chaque
fois que le conseil le peut, il vote au budget un crédit pour la
caisse des écoles ; la caisse d’épargne fonctionne, il y a
eu depuis son établissement 11 déposants qui ont versé un capital
de 21 francs.
Les
traitements des maîtres sont faits par des subventions de l’Etat.
Actuellement
celui de l’instituteur est de 900F, celui de l’institutrice 60f
seulement, le poste de Dours ne comptant pas assez de population
pour être classé.
Il y
aurait lieu de demander à la commune de réparer les bâtiments scolaires,
de les rendre surtout plus salubres, de réformer le mobilier qui
est encore tel qu’au moment ou l’on a bâti les écoles, il y a 50
ans, de compléter le logement de l’instituteur qui ne peut disposer
que d’une seule chambre à coucher et, enfin de construire une maison
d’école des filles.
Cyrille St-Upéry 1887