Emigration Bigourdane
(Conférence du 15.03.2002)
C’est sous les lambris de la Maison de
l’Amérique Latine et le patronage des associations La
Casa de Santa Fe en Paris, l’AMME et l’Amicale des Bigourdans
de Paris que Madame Jeannette LEGENDRE et Monsieur Robert VIE, (chercheurs
et historiens de l’Association Guillaume MAURAN) ont brillamment
présenté le 15 mars 2002 :
ASPECTS DE L’EMIGRATION HAUT-PYRENEENNE
VERS L’ARGENTINE AU XIXème SIECLE.
« Le département des Hautes-Pyrénées
s’est classé au deuxième rang national (après
les Basses-Pyrénées) pour le nombre d’émigrants
au XIXème siècle : l’Algérie, la Louisiane,
l’Argentine surtout ont attiré nos compatriotes.
Cette migration culmine dans les années 1850-1860 avec la tentative
du docteur BROUGNES de Caixon (Hautes-Pyrénées).
Après avoir signé un contrat de colonisation avec le
gouvernement de Corrientes, il va tenter de porter remède à
la misère existante de nos contrées en organisant une
« émigration avec garanties » de familles paysannes.
Chaque colonie ainsi constituée comptait 200 familles soit
1000 travailleurs et dès le départ, un curé,
un médecin, un instituteur, un juge de paix...
Une autre particularité de notre département est la
présence à Garaison, d’une institution privée,
siège des pères missionnaires « lourdistes »
qui ont installé, dès le XIX° siècle, de
nombreuses filiales en Amérique latine : Tucuman, Buenos-Aires,
Brésil...
Ils ont tissé un réseau de relations étroites
entre les Hautes-Pyrénées et l’Argentine notamment.
L’objectif de ces recherches et ce en étroite collaboration
avec l’AMME est de déterminer l’impact de ces différents
éléments et d’analyser les retours au pays qui
semblent relativement nombreux en particulier vers le début
du XXème siècle ».
En introduction, Jean PUYADE, Président
de l’association La Casa de Santa Fe en Paris, présente
la conférence de ce soir et les prochains rendez-vous, à
savoir :
- 18 mars, Mairie du XIème arrondissement
à 20h00 (métro Voltaire), lancement du livre «
La nuit des papillons » (La noche de las mariposas) de Catherine
LEVY-MARIE traduit en Argentin par Béatriz KOHLSTET, Vice-présidente
de l’association de La Casa de Santa Fe en Paris, suivi de fragments
de la pièce (jouée l’an dernier au théâtre
des Cinq Diamants dans le XIIIème arrondissement), d’un
débat sur l’exil et d’un échange convivial
de thés (thé à la menthe du Maghreb, thé
vert africain et mate argentin).
- 19 avril, Maison de l’Amérique
Latine à 18h30, dans le cadre de ce cycle, nous aurons la visite
d’un basque, professeur d’histoire à Mauléon,
capitale de la Soule une des trois régions du Pays Basque français,
qui nous présentera le grand mouvement migratoire de cette
région vers l’Argentine (Rio de la Plata). Il retracera
des destins particuliers et connus comme celui de Monsieur FORTABAT
originaire de cette ville et puis d’autres destins moins célèbres,
moins glorieux de jeunes paysans qui ont entrepris ce voyage, cette
aventure vers l’Argentine.
Donc ce soir, nous avons le plaisir de recevoir
Jeannette LEGENDRE et Robert VIE, tous deux chercheurs et historiens,
membres d’une association culturelle très vivace à
Tarbes « Guillaume MAURAN ».
Ils vont donc vous présenter, après l’aventure
des Béarnais vers l’Argentine, celle de nos cousins de
Bigorre, les Bigourdans. Ils ont beaucoup travaillé sur cette
question et sont membres, avec certains d’entre-nous ici, de
l’association l’AMME (Association pour la Mémoire
de l’Emigration) qui est une association fédérale
sur tout le Sud-Ouest qui vise à reconstituer dans les différents
départements des lieux où l’on puisse retracer
les maillons de cette histoire peu connue en France et également
retracer un maillon vers cette Argentine qui a vu la naissance de
l’Argentine moderne avec ses grandes forces, ses grandes faiblesses,
ses grandes dépendances. D’une certaine manière
c’est un peu face à cette Argentine nouvelle qui est
en train de naître, ce mouvement citoyen qui depuis décembre
est en train d’essayer de reprendre en main les rênes
de son destin. Notre association solidarité veut s’inscrire
dans cette récupération pour éviter les amnésies
qui souvent entraînent des futurs peu certains. C’est
donc notre contribution sur notre terrain culturel, chacun d’entre-nous
par ailleurs s’engageant dans des activités solidaires
en fonction de sa sensibilité et de ses choix.
La parole est à nos deux amis de Tarbes.
Sur une carte en projection, Robert VIE nous
présente le département des Hautes-Pyrénées
: adossé à l’Espagne, le département a
pour principales vallées, celle de l’Adour, celle de
la Neste vers la Garonne et celle du Gave de Pau qui rejoint l’Adour
à Peyrehorade. La plus grande plaine est celle de l’Adour
jusqu’au nord du département ...
Cette proximité avec l’Espagne explique en grande partie
tout comme les Pyrénées Atlantiques voisines que de
tout temps, depuis le moyen-âge il y ait eu une circulation
très importante vers l’Espagne.
Les témoignages du XIXème siècle (à l’époque
plus froide d’un petit âge glaciaire) montrent que les
cols vers l’Espagne étaient utilisés au cœur
même de l’hiver.
Durant la période 1832-1913 j’ai estimé à
peu près à 25000 au minimum le nombre de départs
à l’étranger.
On ne peut pas faire de calculs exacts, ce ne peut être que
des estimations. On est dans l’impossibilité de dire
qui est parti à l’étranger, qui est parti à
Bordeaux (17241 bigourdans en 1896), qui est parti à Paris
(7520 bigourdans en 1911).
Les Bigourdans participent à tous les mouvements d’émigration,
c’est ça notre caractéristique.
Nos estimations du nombre des départs sont basées sur
le calcul du solde migratoire et sur le nombre de passeports : en
général, au cours des années 1830, il y a eu
autour de 400-450 passeports par an représentant près
de 600 départs (un seul passeport par famille); le point culminant
est atteint au milieu du siècle 1700 personnes partants environ
en 1856, autour de 1400 en 1857.
La fin du siècle est marquée par le déclin du
mouvement d’émigration, une cinquantaine de départs,
par exemple en 1884. Vers 1830, nous dépassons les Pyrénées
Atlantiques (alors Basses Pyrénées) où le mouvement
semble un peu plus tardif. Partant des statistiques du Docteur LAGNEAU,
on peut dire que nous sommes au deuxième rang national, parfois
dépassés en chiffre absolu par la Gironde, mais si on
fait un pourcentage par rapport à la population nous sommes
derrière les Pyrénées Atlantiques et devant la
Gironde.
Nous avons donc une tradition ancienne de départ vers l’Espagne,(échanges
commerciaux), de migrants définitifs, de migrants temporaires
(migrations frontalières). Les émigrants ne laissant
pas ou peu de traces dans le pays de départ, c’est plutôt
dans le pays où ils s’installent qu’on peut les
recenser.
En effet ils fréquentent les hôpitaux par exemple à
Barcelone l’hôpital Sainte Croix fin XVIIème, début
XVIIème siècle. Parmi ces Français il y a des
Bigourdans.
Au moment où les tensions se ravivent entre la France et l’Espagne
on recense les Français et leurs biens, on a ce moment là
des renseignements assez fiables.
Les voyages présentent certains risques, nous retrouvons trace
de ces émigrants temporaires ou définitifs dans les
registres de notaire sous la forme de testaments.
Les personnes qui partent ont toutes les professions possibles, il
n’y a pas de caractéristiques bien définies.
Les mouvements de départ s’amplifient durant les périodes
de troubles. Par exemple, à la fin du XVIème siècle,
nous avons la malchance d’être à côté
des Béarnais, tout en étant catholiques alors qu’eux
sont protestants et par conséquent nous sommes sur le trajet
d’armées protestantes qui viennent soulager la ville
de Navarrenx, cité protestante assiégée par les
catholiques. Les armées protestantes descendent sur le piémont
et brûlent les églises. On a plusieurs témoignages
dont celui de Guillaume MAURAN qui dit que dans les rues de Tarbes
il n’y a pas âme qui vive, que l’herbe pousse entre
les pavés et que les gens partent.
Il s’agit de la période des guerres de religions. Quelques
dizaines d’années après il va y avoir la peste.
En fait toutes les périodes noires que connaît notre
région correspondent donc à un départ. Il est
vrai que l’Espagne attire, si les prix sont très élevés,
les salaires sont également plus élevés, il y
a de quoi s’embaucher, puis il y a tous les migrants temporaires
: pasteurs (troupeaux français et espagnols), travailleurs
qui sont spécialisés dans la récolte de l’huile
d’olive ou bien la coupe du foin dans la vallée de l’Ebre.
Ces migrants temporaires sont très difficiles à percevoir
car ils laissent peu de traces dans les archives.
A la fin du XVIIIème siècle, il y a une recrudescence
de l’émigration car l’Espagne joue le rôle
de « pays refuge ». C’est le pays d’accueil
des Bigourdans qui fuient le service militaire (appelé alors
milice). Les cahiers de doléances de 1789 en font foi, quoique
rédigés une trentaine d’années après
la suppression des milices.
Pendant la Révolution un certain nombre de nobles et d’ecclésiastiques
ont également trouvé refuge en Espagne.
Notre région a participé à tous les mouvements
d’émigration, en cela elle ressemble au Béarn
et au Pays Basque. Notre région haut-pyrénéenne
a participé à tous les mouvements d’émigration,
notamment dès la fin du XVIIème siècle au défrichement,
au peuplement et l’exploitation des « îles à
sucre » principalement Saint-Domingue, mais également
la Martinique, ainsi que la Guadeloupe et les petites Antilles (Sainte-Lucie,
La Barbade...) Bordeaux attire beaucoup, dès cette époque-là,
faire fortune aux îles, c’est le but, cela concerne des
métiers spécifiques par exemple nous exportons beaucoup
de chirurgiens, beaucoup de boulangers, des géomètres
quand l’entreprise du cadastre lancée par Napoléon
s’arrête, nombre partent aux Antilles. Ceux qui partent
sont aussi des bourgeois ou des nobles, c’est donc une émigration
sélective de gens aisés et cela correspond il faut le
dire dès cette époque-là à une croissance
démographique importante. Jean-François SOULET a estimé
que la population bigourdane a approximativement doublé au
cours du XVIIIème siècle. Les émigrants vers
les Antilles partent beaucoup des villes ou de la vallée de
l’Adour. Certains reviennent fortune faite là-bas et
achètent des seigneuries à la noblesse souvent très
pauvre.
Dans une lettre de CHABAS de Castelneau-Magnoac, on lit : «
Rien de nouveau dans le pays ... L’or ne peut pas y courir les
rues comme à Saint-Domingue ». C’est à la
recherche de l’eldorado qui s’ajoute à l’attrait
de l’exotisme (climat, végétation luxuriante,
paysages bien différents de nos Pyrénées) et
à la vie de maître dans un pays d’esclaves. Cette
émigration va s’interrompre à la Révolution.
à cause des troubles (notamment à Saint-Domingue) et
plus encore au moment de la suppression de l’esclavage.
Jeannette LEGENDRE intervient sur une carte
en projection du XVIIIème en nous montrant la Louisiane.
La Louisiane au XVIIIème siècle ne voit pas beaucoup
de Bigourdans. J’en ai trouvé peu dans les registres
paroissiaux de Saint-Louis de la Nouvelle-Orléans.
Par contre Saint-Domingue a beaucoup attiré, en particulier
à partir du milieu du XIXème siècle avec le développement
de la culture du café. En effet les caféiers ne nécessitaient
pas autant de main-d’œuvre que de la canne à sucre.
Les gens de chez nous qui partaient avec un tout petit capital ou
pas de capital du tout, parvenaient à acheter un peu de terre
et à constituer une caféière après avoir
pratiqués d’autres activités. Toute cette période
voit des échanges privilégiés entre Saint-Domingue
et la Louisiane. Lorsque la révolte des esclaves survient et
chasse les blancs, l’exode n’est pas l’affaire d’un
jour, il dure une dizaine d’années. En 1793, les premiers
réfugiés partent du Cap et atteignent les ports de l’Est
des Etats-Unis à bord de 300 bateaux.. Cinq ans après
en 1798 une autre partie de la population française embarque
pour la Jamaïque avec les Anglais qu’ils avaient traîtreusement
invités à mettre de l’ordre à Saint-Domingue.
En 1803 a lieu le plus gros départ, cette fois pour Cuba. Peu
de personnes se réfugient directement en Louisiane. Mais les
guerres napoléoniennes rendent les Français indésirables
sur les terres anglaises et espagnoles. L’exode reprend donc
en 1803 de la Jamaïque et surtout en 1808 de Cuba et cette fois
tout le monde converge vers la Louisiane. Une partie des réfugiés
accueillis sur la côte Est des Etats-Unis. va également
rejoindre la Louisiane. Parmi tous ces Français venus de Saint-Domingue
par différentes voies se trouvent des Bigourdans. A partir
de cette période le nombre de nos compatriotes présents
en Louisiane va augmenter, surtout dans les années 1840-1850.
La guerre de Sécession mettra fin provisoirement à ce
flux. De toutes façons, entre temps les Bigourdans ont pris
le chemin de l’Argentine.
Cette émigration en Louisiane reprendra, mais avec beaucoup
moins d’intensité, en 1866-1867, quand les évènements
se seront apaisés. Elle cesse vers 1880 car la situation économique
n’y est plus favorable. En Louisiane les Bigourdans travaillent
surtout dans le commerce alimentaire. Beaucoup sont bouchers, on les
appelle les bouchers gascons. D’autres, moins nombreux, se répandent
dans le pays Cajun comme agriculteurs.
A la fin du XIXème et le début du XXème siècle,
nous assistons à une émigration transitoire à
New york. Des jeunes vont travailler pendant quelques années
dans l’hôtellerie et la restauration puis reviennent en
France avec un pécule..
Reprise de Robert VIE
Dans la première moitié du XIXème siècle,
ce mouvement de population vers la Louisiane va s’amplifier
alors que l’émigration vers les Antilles décline
progressivement. Au milieu du siècle (1840-1870), le Rio de
la Plata va devenir la destination privilégiée de nos
compatriotes, au même titre que l’Algérie.
Au recensement de 1896 notre département a 2200 de ses citoyens
qui sont fixés en Algérie, ce qui nous place au 7ème
rang national.
Par la suite on peut se demander qui part, ceux qui partent sont des
jeunes (20 ans), qui fuient le service militaire encore, on en a parlé
pour les milices tout à l’heure.
Par exemple les statistiques de 1865 à 1881 (ce n’est
pas une gloire) placent le département des Hautes-Pyrénées
en tête pour le nombre d’insoumis. il y en avait environ
1800.
C’est lié à l’émigration aussi, certains
partent pour émigrer, ils ne reviennent pas faire leur service
militaire, ils seront insoumis. D’autres partent pour ne pas
faire le service militaire, il y a les deux. Les moins de 21 ans représentent
plus du quart, les très jeunes, moins de 13 ans, sont aussi
très nombreux.
Ceux qui partent sont surtout des agriculteurs mais, par rapport à
la population active du département, la proportion d’artisans
est beaucoup plus forte. Pourquoi partent-ils? La population départementales
augmente dans des proportions extrêmement importantes depuis
la Révolution (165000 habitants) jusqu’au maximum de
1846 (251285 habitants). Par la suite, conséquence de l’émigration,
la chute démographique s’accentue : 185000 haut-pyrénéens
sont recensés en 1921.
Vers où partent ces gens? Le graphique montre qu’en 1846,
l’Espagne est encore très présente l’Algérie
un peu moins. L’Argentine représente à peine 30%
des départs, mais atteint 60% en 1864 et 75% en 1870.
Le prix d’un passage est de 330 F pour le Rio de la Plata.
Sachant qu’un salarié agricole (valet de ferme) est payé
200 F par an, le coût du passage reste élevé.
On peut emprunter de l’argent à l’usurier local
ou à la personne ayant de l’argent qui se fait rembourser
au retour. Beaucoup ont droit à une part de la propriété
familiale et le dédommagement sous forme d’argent peut
contribuer au paiement du voyage.
Nous avons eu dans notre département un Bigourdan né
à Caixon, près de Vic-Bigorre, dans la plaine de l’Adour,
en 1810 et madame LEGENDRE va tenter d’esquisser le portrait
de cet homme très célèbre parce que il a été
l’un des premiers entrepreneurs de la colonisation pour l’Argentine.
Auguste BROUGNES est né en 1810 d’une
famille d’agriculteurs propriétaires d’une dizaine
d’hectares, c’est à
dire moyennement favorisés dans une région où
la terre est très morcelée. Il fait ses études
secondaires d’abord à Vic, puis à Pau et son père
le destine à la carrière militaire. Il reste quelques
mois dans l’armée puis opte pour des études de
médecine, qu’il fait à Paris. En 1837 il présente
sa thèse « Essai sur les passions ». Il s’installe
à Auneau dans l’Eure et Loir où il reste seulement
un an. Il y aurait eu des problèmes d’ordre professionnel.
Ensuite il passe quelques années à Chartres et il épouse
une jeune fille d’Auneau, Louise LEGENDRE. Le père de
Louise est un ancien maréchal ferrant. Ce n’est pas un
bourgeois mais il dispose tout de même un pécule confortable
qui va rendre service au jeune couple. En 1845 Auguste retourne dans
son village natal avec sa femme et son beau-père. Il achète
un « domaine », un château avec 18 hectares de terre,
d’un seul tenant. (Présentation du domaine sur la carte
en projection par Robert VIE). C’est là que naîtront
ses six enfants. Jusqu’en 1850, il ne fait guère parler
de lui. Je laisse de côté la période 1850/1864
qui est celle de l’aventure de l’Amérique latine.
En 1864 il est définitivement de retour et devient agriculteur
exploitant. De ses 18 hectares il en a conservé la moitié
: il avait été obligé d ’aliéner
tout le reste pour financer l’achat car il n’avait pas
de fortune personnelle. Depuis son départ de Chartres il n’a
plus jamais exercé la médecine. On ne trouve aucune
trace d’un intérêt scientifique particulier pour
l’agriculture. (il aurait pu écrire des articles, participer
à des groupes de promotion de méthodes culturales).
Dès son retour définitif il s’investit dans la
vie publique du village. Il entre au conseil municipal en 1865. Il
sera adjoint une fois mais ne parviendra jamais à être
maire. Un registre des séances du conseil, plus détaillé
que le registre de délibérations réglementaire,
nous enseigne sur la vie municipale. BROUGNES est toujours élu
secrétaire de séance. Ses conte-rendus sont rédigés
dans une langue claire et précise, sans préciosité.
Ils sont agréables à lire, comme l’est son livre
« L’extinction du paupérisme » dont vous
parlera Robert VIE. Dans ses rapports ses idées s’ordonnent
rationnellement et il sait sérier les questions. Il intervient
partout. Il mène les débats, il fait des propositions
censées, car il est pragmatique : il veut élargir les
petits chemins vicinaux, désenclaver un quartier, construire
des lavoirs, agrandir l’école... Il essaie de mettre
fin à deux habitudes ancestrales : celles qui contreviennent
à la loi (les riverains qui implantent des murs ou des haies
sur le domaine public) ou qui sont nuisibles à la santé
publique (les latrines du curé bâties sur un fossé
qui alimente les besoins domestiques des habitants). Il a une excellente
connaissance des lois et règlements et le souci de s’y
conformer. Lorsqu’il fait une proposition, il en a étudié
l’aspect juridique. Généralement il obtient un
consensus sur ses propositions, à l’exception du sujet
le plus épineux et qui lui tient tout particulièrement
à cœur : le transfert du cimetière trop exigu,
humide et enserré entre les maisons. Il déploie alors
tout son art de l’argumentation : une démonstration chiffrée
de l’insuffisance de la surface actuellement disponible, le
danger sanitaire que représente l’infiltration des eaux
sur les propriétés voisines, puis viennent les arguments
destinés à toucher l’émotivité de
ses interlocuteurs : la description réaliste de la putréfaction
trop rapide des corps, la malignité des plantes croissant sur
les tombes humides et leurs noms barbares (l’euphorbe, la cigüe),
l’impossibilité pour les habitants de savoir s’ils
prient sur les ossements familiaux, les tombes étant si souvent
bouleversées. Mails les restes des ancêtres ont toujours
été là, la proposition choque ses interlocuteurs.
Elle est rejetée. Dans son compte-rendu de la séance,
il attribue sans ménagement son échec à «
l’inintelligence » des conseillers. Le transfert sera
voté finalement en 1884.
Au cours des séances du Conseil il se comporte de façon
désagréable en moralisateur. Il humilie le premier magistrat
: « j’espère qu’à l’avenir Monsieur
le Maire remplira cette partie de son administration avec plus de
zèle et d’exactitude ». Il admoneste le conseiller
qui renchérit : « votre intervention est déplacée,
puisque Monsieur le Maire a promis de s’amender ». Il
ne se contente pas de reproches verbaux. En mai 1868 il écrit
au préfet pou lui exposer les négligences et les irrégularités
du maire.
Dans les années 1870 la vie politique commence à s’animer
dans les villages mais l’idée républicaine ne
fait pas encore son chemin. Or en 1854 BROUGNES assiste à l’avènement
de la république en Argentine et il devient un républicain
convaincu. Pour toutes ces raisons il est incompris dans son entourage.
En 1871 il est battu aux élections du conseil municipal. La
même année il essuie un autre échec à l’élection
du conseiller d’arrondissement. Il obtient la majorité
des voix dans deux communes seulement y compris la sienne. Indéniablement,
il n’est pas populaire.
Bien que battu aux élections municipales, il veille à
l’intérêt public. Lorsque les conseillers élus,
jeunes et inexpérimentées élaborent un projet
de construction d’école trop coûteux, il écrit
au préfet pour lui demander de protéger les intérêts
de la commune. BROUGNES n’est seulement mû par le goût
de l’organisation mais aussi par un souci humanitaire. A-t-il
au moins eu la connaissance des déshérités de
son village qu’il soignait gratuitement ?
En 1888 il élabore un projet d’aide médicale gratuite
aux pauvres du canton avec l’approbation de ses confrères.
Ce projet ne fut jamais mis en application car un soir d’orage
de l’été 1888, alors qu’il rentre de Tarbes
dans son « tilbury » le cheval s’emballe, la voiture
se renverse et le pauvre homme a le crâne fracassé.
Voilà donc le Dr BROUGNES, tel qu’il se révèle
avec ses qualités indéniables son souci de l’intérêt
collectif et sa compassion pour les pauvres gens. C’est ce personnage
qui est à l’origine de la première colonie agricole
d’Argentine.
Reprise de Robert VIE
Nous n’avons pas de photo du Docteur Auguste BROUGNES à
vous montrer, malheureusement. Par contre on a retrouvé deux
passeports de l’époque, vous allez voir ce n’est
pas un homme du nord : taille 1.62 m, cheveux noirs, sourcils noirs,
nez ordinaire, barbe noire, visage ovale, front découvert,
yeux châtains, bouche moyenne, menton rond, teint brun.
Le docteur BROUGNES est surtout connu parce qu’il a publié
un ouvrage du même type que celui de l’Empereur NAPOLEON
III édité avant sa prise de pouvoir, De l’extinction
du paupérisme ».
Le titre du livre de BROUGNES est assez semblable : « De l’extinction
du paupérisme par la colonisation des pays de la Plata »;
il a fait l’objet de trois éditions. L’auteur a
souvent utilisé les lettres enthousiastes des premiers colons
comme argument publicitaire de son entreprise de colonisation. Il
cite une phrase de l’économiste COHEN sur la couverture
de la deuxième édition « La colonisation à
l’extérieur est dans les conditions économiques
actuelles le remède le plus efficace du paupérisme ».
(ce COHEN est-il un parent de Léonard COHEN qui fonda une colonie
juive en Argentine en 1904?) BROUGNES va partir pendant trois ans
pour Montevideo et l’Argentine. Il va parcourir le pays et publier
un ouvrage à Montevideo en 1852 sur la mise en valeur agricole
du pays. Au bout de ces trois ans il revient et met sur pied son projet
de colonisation. Un projet qui est bien pensé : il revient
avec un contrat qu’il a passé avec le gouvernement de
Corrientes pour faire partir mille familles paysannes pour fonder
plusieurs colonies. Chaque colonie devant compter 200 exploitations
de 33 hectares. Il argumente, dans la préface de son ouvrage
il parle de lui-même : en somme je suis honnête, j’ai
visité le pays, je ne suis pas un rêveur, je suis un
agriculteur, j’ai les pieds sur terre. Dans la première
partie qui fait 55 pages, il s’efforce de prouver qu’il
y a donc une situation où l’on a la terre et les bras
qui ne sont pas en adéquation : trop de bras en Europe pas
assez de terre, pas assez de bras dans les pays de La Plata et par
contre de la terre disponible comme on en veut; situation difficile
en Europe, moyens de l’améliorer par la colonisation
agricole des pays de La Plata. Dans la deuxième partie qui
fait 38 pages, il parle de son système de colonisation en Argentine.
Présentation en projection du plan de ces colonies. En bordure
du Parana, en face de l’île d’Apipé il a
conçu sa colonie. Sa colonie, ce sont des lots, chaque lot
est une bande de terrain qui couvre 33 hectares et il recrute pour
les exploiter des familles de cinq personnes.
S’il n’y a pas les cinq personnes, il va concéder
des demi-parties de lot à charge pour la demie partie de se
trouver une demie partie correspondante. C’est peut-être
le point faible de son système. Quels sont les principes? C’est
l’égalité absolue, la même terre, la même
surface des lots, la même liberté pour l’accès
à l’eau. Il prévoit une machine à vapeur
pour envoyer l’eau du Parana pour que chaque colon puisse irriguer
sa parcelle. Chaque colon doit être libre d’aller dans
les parties jaunes du plan, les communaux qui serviront de pâturages.
C’est une entreprise de colonisation culturale en quelque sorte,
on va défricher cette terre, on va installer des cultivateurs.
Mais des éleveurs il y en a. Un des inspecteurs de la colonie
dit que les Argentins sont extrêmement étonnés
de voir comment on joint une paire de bœufs pour travailler la
terre. On laissera le libre accès de chacun des lots aux terres
communales. On accède aux terres communales par l’arrière,
avec un pasteur commun, on arrivera à garder tout le troupeau
de la colonie, afin de libérer les colons pour cultiver le
sol. Sur le plan, il met la maison ici entre cour et jardin le plus
près possible de la partie médiane, là par exemple
on voit qu’il a bâti une église, il a donné
l’argent, payé les habits sacerdotaux, les objets du
culte etc. (Il en a fait un décompte) il précise que
les maisons doivent être le plus près possible de cette
partie médiane, c’est là qu’il y aura le
village, ensuite il détaille là il y aura une ligne
d’orangers parce que l’oranger ça produit des fruits
ça ne demande aucun soin.
Il met le jardin d’un côté la basse-cour d’un
côté la porcherie de l’autre, beaucoup de plantes
pouvant être utilisées dans l’industrie: des cotonniers,
du lin, du chanvre. très peu d’espace sera réservé
au blé. Il ne précise pas si les lots sont clôturés.
Au bout de cinq ans les colons deviennent propriétaires de
leur lot. Dans cette deuxième partie il y a un paragraphe «
données pour servir à évaluer approximativement
les bénéfices du colon ». Plume à la main
donc il précise les orangers ça rapporte tant, le tabac
tant, il est très précis et quand il peut faire des
comparaisons avec la France, l’Argentine l’emporte : les
terres n’ont pas besoin de fumier, les terres n’ont jamais
été cultivées. Ensuite il parle du territoire
lui-même, présentation sur une carte ancienne : ici le
Parana, là le Paraguay, Corrientes est donc ici et là
l’Uruguay. A l’époque il n’y avait pas beaucoup
de cartes de l’Argentine. Il présente la région
et également les missions il fait même un tableau des
missions, leurs dates etc. Seule l’expulsion des Jésuites
a mis fin à cette tentative et c’était une réussite.
Dans la troisième partie, qui est la plus importante du livre
(elle fait 111 pages) « Aperçu géographique et
industriel des provinces confédérées d’Argentine
» il parle de l’histoire récente, de l’échec
de ROSAS, il précisera le texte de la constitution, la description
de chacune des provinces ainsi qu’une carte avec un territoire
argentin qui n’est pas encore entièrement approprié.
(Il manque la Patagonie)
Au total cet ouvrage va être publié à 5000 exemplaires.
Il a fait faire des insertions dans les journaux l’Ere Impérial,
le journal officiel de l’Empire. (dans les Hautes-Pyrénées)
Pour le 1er convoi il a un représentant sur place, un directeur
M. de SABATHER, qui mourut assassiné car il y a des problèmes.
Le gouvernement de Corrientes n’a pas tenu ses promesses : en
février 1855 les 250 premiers colons sont arrivés et
rien n’est préparé à l’emplacement
prévu de la colonie.
Alors provisoirement on les met près d’un établissement
qui existait déjà, donc tout se passe bien parce qu’ils
côtoient les indigènes. Les relations semblent bonnes.
BROUGNES a envoyé un juge de paix M. DEPIERRIS, ancien avocat,
un curé M. DUCASSE ex-curé de Manciet dans le Gers.
Ce dernier et M. de SABATHER ne sont pas d’accord car quand
le gouverneur de Corrientes qui s’appelle PUJOL le débauche
pour aller exercer son ministère paroissial dans la paroisse
voisine, il accepte.. C’est la même chose pour M. VERDIER,
ex-professeur du lycée de Bastia qui est donc le directeur
d’école. Parce que dans son entreprise de colonisation,
il a tout prévu : le curé, le directeur d’école,
un directeur des douanes ce qui peut paraître incongru, mais
en fait le gouvernement local fera profit de l’entreprise par
les droits de douane et ensuite un médecin. J’ai fait
une petite erreur, M. VERDIER a refusé de partir et c’est
le médecin M. BARBE de Saint-Marcel qui est parti en même
temps que le curé. Donc ces hommes de peu de foi ne respectent
pas leurs engagements. Dès le premier convoi à Montevideo,
un certain nombre de colons qui se laissent débaucher, on manque
de main d’œuvre des propriétaires sont à
l’affût et leur font des promesses mirobolantes. Tous
n’arrivent pas à Corrientes.
Le deuxième convoi partira quelques mois plus tard et arrivera
dans des conditions encore plus difficiles.
Il n’y a plus de terre disponible à l’endroit où
l’on a installé le premier. Alors Bernard PUJOL va décider
de leur donner la terre des indigènes, il va faire une loi
d’expropriation, mais on n’exproprie personne. Donc sur
les mêmes parcelles on va avoir des gens qui vont cohabiter
: ceux qui étaient déjà là et ceux qui
viennent d’arriver. Forcément ça va mal se passer.
Quand on revendique la terre d’éleveur alors que l’on
est agriculteur et qu’il n’y a pas de clôture. Au
départ des troupeaux qui vagabondent, ça arrive partout,
ensuite les indigènes mettront sciemment leurs troupeaux dans
les cultures. Alors ça va dégénérer, compte
tenu qu’il y a un juge de paix spécial pour les Argentins
et un juge de paix spécial pour les Français, ce n’est
pas le même. Ensuite on va changer ce juge de paix qui était
très bien et comme c’est démocratique, ce sont
les colons qui élisent un autre juge et cet autre juge de paix
c’est l’ennemi juré de M. de SABATHER et dans des
circonstances un peu troubles sinon troublantes : un colon tombe mort
assassiné et quand M de SABATHER s’éloigne il
est tué d’un coup de fusil dans la tête. L’entreprise
était bien partie mais échoue par la faute du gouvernement
provincial qui n’a pas tenu ses engagements de donner les terrains
prévus. Par la suite, les problèmes vont encore s’amplifier.
Une remarque sur la deuxième publicité, qui est un peu
plus tardive (elle date de 1855), il y a toujours la même chose,
la concession de 33 hectares de terre, et en même temps il y
a un appel pour passagers. BROUGNES lui-même dit que vers la
fin en 1855, il a passé un accord avec les armateurs de Bordeaux,
mais il n’arrive pas remplir à temps les navires avec
ses colons (avec des familles de cinq personnes, ce qui est la théorie),
donc il prend aussi des passagers libres pour Montevideo, Buenos-Aires
et même pour Corrientes. Pour ce deuxième convoi les
choses vont déraper, il y a eu des problèmes à
Montevideo.
Le navire à voiles devait être remorqué par un
vapeur argentin pour remonter le Parana jusqu’à Corrientes.
Les promesses, là encore, ne seront pas tenues. BROUGNES ne
pourra tenir ses engagements alors qu’en théorie, il
a reçu le prix des passages jusqu’à Corrientes.
Or les trois derniers navires vont arriver, resteront en panne. Pour
le premier, le Capitaine n’y va pas par quatre chemins en dépit
et au mépris de toutes les lois maritimes, il débarque
les Français; le deuxième navire même chose. Il
faut dire que la correspondance fait perdre beaucoup de temps. BROUGNES
en plus, il a diffusé son ouvrage à Paris, Bordeaux,
Toulouse, à Pau à Tarbes un peu partout dans le Sud-Ouest,
à Chartres il a déposé son livre un peu partout,
il est connu. Il a également des agents qui le représentent
dans le Gers, la Haute-Garonne, un peu partout dans la région,
lui-même se rend sur le marché de Tarbes. Il recrute
non seulement des Bigourdans, c’est la majorité, sur
les trois derniers navires il y a 43% de Bigourdans, mais aussi dans
la Haute-Garonne, les Basses-Pyrénées, le nord du Gers.
On lui dit qu’il y a un problème à Montevideo
et qu’il faut tout arrêter et lui-même et de sa
propre initiative en voyant qu’il est lâché par
tout le monde, il a un correspondant à Montevideo qui ne veut
rien savoir. « Quand BROUGNES est venu pendant trois ans je
lui ai prêté 4000 Francs, il ne m’a rien remboursé
encore. Je ne veux plus entendre parler de celui qui fut autre fois
mon ami et ne veut plus lui avancer d’argent ». Il a pour
inspecteur des colonies PANISSET, lui c’est pareil. Quand BROUGNES
apprend que les colons sont laissés dans le plus total dénuement
à Montevideo, il envoie rapidement par le premier navire en
partance deux tonneaux de vin, qui produiront localement 1300 francs.
Le consul de l’ambassade MALLEFER qui n’est pas favorable
à BROUGNES ne veut rien savoir et les deux fûts sont
vendus. L’argent va dans les poches de PANISSET, l’inspecteur
des colonies qui précise qu’il est le créancier
antérieur. Les pauvres colons restent à la charge du
consulat. Le deuxième navire ( La Ville de Grenade) est parti
lui aussi sans qu’on ne puisse l’en empêcher parce
BROUGNES a des correspondants aux quatre coins du pays et que c’était
difficile de tout arrêter d’un coup. Il y aura même
un autre navire qui partira, il s’échouera sur les cotes
du Brésil. Le Capitaine en second va quand même rassembler
les gens et les amener sur Montevideo.
Tous ces colons laissés pour compte à Montevideo, sous
la pression du conseiller de MAILLEFER ils vont porter plainte et
automatiquement un dossier sera constitué (les frais se montent
à 9400 francs). D’autre part, quand on devient agent
d’émigration autorisé, on était obligé
de déposer une caution importante de 40000 francs (sa propriété
à Caixon avait coûté 60000 francs) versée
à la caisse des dépôts et consignations. BROUGNES
demandera des sursis de paiements, mais en attendant la caution reste
bloquée et ses bien très hypothéqués.
En 1857, il part en Allemagne car il a des contacts qui veulent racheter
ses droits mais rien n’aboutit.
En 1858, après avoir envoyé des lettres de change à
ses correspondants, rien n’est fait, il est obligé de
partir lui-même. Il a passé environ six ans pour débrouiller
cette situation. Il part d’ailleurs avec l’Ambassadeur
d’Argentine. Il va falloir une loi du congrès argentin
pour l’indemniser, il a fait un décompte de ses frais
ça représente 22000 patakons (c’est la monnaie
d’époque) et il en obtiendra 75000 du gouvernement en
bons du trésor. Ce qui fait que pour payer les indemnités
il est obligé de brader ces bons à perte. Il va rembourser
ses dettes péniblement il aura un peu plus par la suite et
ce n’est qu’à partir de 1870 qu’il recommencera
à racheter des terres.
Une question est posée concernant les colons : « Les
colons outre leur voyage, devaient payer quelque chose ? ».
Théoriquement le terrain est gratuit. Le gouvernement argentin
leur construit le « rancho » deux pièces : une
avec une porte, l’autre avec une fenêtre et leur fait
des avances en farine, semences et têtes de bétail. BROUGNES,
l’entrepreneur de colonisation, prend 1/3 des récoltes
pendant cinq ans, et au bout de cinq ans ils sont propriétaires.
Malheureusement la première année, ils n’ont pas
le temps de cultiver, même ceux arrivés par le premier
convoi qui sont les mieux pourvus : il n’y aura rien comme revenu.
La deuxième année, c’est une invasion de sauterelles
qui n’a fait apparemment aucun dégât : rien n’est
versé. Ensuite les gens viennent sur la colonie pour tenter
de se faire payer et sont obligés de faire des assignations
avec le juge de paix. Ca passe en justice, c’est très
long et peu de choses auront été payées. Je vais
arrêter là pour BROUGNES, pour vous dire un mot à
présent sur les pères « Lourdistes ».
Nous avons dans l’est du département un lieu qui s’appelle
Garaison. La vierge y est apparu, un sanctuaire construit qui a eu
son heure de gloire au XVI-XVIIème siècle. Au milieu
du XIXème siècle une congrégation enseignante
se forme à Garaison. En 1860, le directeur de cette institution
décide d’ouvrir une maison en Floride entreprise qui
n’aura pas de suite. C’est l’époque des apparitions
à Lourdes et l’évêque Monseigneur LAURENCE
donne la priorité au sanctuaire de Lourdes, donc il engage
ces pères à venir s’occuper de Lourdes, d’où
le nom de pères « Lourdistes ». Par conséquent
ils ne partiront pas et ce n’est qu’en 1890 qu’ils
vont partir pour fonder les séminaires de nouveaux diocèses.
Il y avait un grand diocèse SALTA.. Il y en en aura trois.
Il y aura Catamarka, c’est le premier ... pour diriger le séminaire
et former les prêtres et au bout d’un certain nombre d’années,
ils vont à Tucuman, leur centre principal et puis ils iront
à Buenos-Aires comme congrégation enseignante et s’occupent
d’un bidonville et ils y sont encore. Ces pères «
Lourdistes » sont très connus à Tucuman. Dans
un premier temps ils sont partis avec cinq adultes, neuf étudiants
de la terminale jusqu’à la troisième tous sont
devenus prêtres sur place. Sur une liste d’anciens élèves
et professeurs de Garaison de 1947 on trouve encore 26 d’entre
eux qui sont en Argentine et quelques autres dispersés ailleurs.
Les pères de Bétharam sont installés depuis le
XIX ° siècle à Montevideo et que les sœurs
de la miséricorde de Lourdes sont installées dans la
banlieue de Caracas au Venezuela. Les pères bénédictins
de Tournay sont également installé au Brésil.
Repérer les retours d’émigration n’est pas
chose facile. En conclusion, le département des Hautes-Pyrénées
a participé à toutes les formes d’émigration.
Seul un dossier des Archives Départementales concerne la période
de 1830 à 1850. (quand on revenait de l’étranger
on laissait son passeport qui était envoyé pour visa
à Paris et un passeport provisoire était donné).
Ensuite, nous avons avec Mme LEGENDRE dépouillé les
recensements de 1911 et 1926 et repéré les gens nés
dans les pays étrangers ainsi que leurs parents. En 1926, on
en trouve ainsi 826 qui sont rentrés; on est loin du compte.
Reste l’enquête directe.
Reprise de Jeannette LEGENDRE
Nous recherchons les témoignages des retours d’émigration.
Il s’agit de témoignages de reconnaissance de certaines
communes envers un bienfaiteur, émigré de retour. A
Sabalos, la place Ader porte le nom d’un enfant du pays qui
a financé la réparation du clocher après quelques
années passées en Argentine. Les « maisons d’Américains
» sont une autre forme, beaucoup plus répandue, de témoignage
matériel. Ce sont des maisons construites ou reconstruites
ou agrandies par des émigrés de retour. Elles sont représentées
par un rectangle rose sur cette carte. Nous pensons en découvrir
d’autres.
Sur cette même carte, les points bruns correspondent aux enquêtes
que nous avons effectuées à ce jour auprès de
familles d’émigrés. Nous collectons aussi des
témoignages oraux mais aussi des lettres, photos et documents.
Par exemple nous vous montrons la photo de la Torre Ader de Buenos-Aires,
construite par Bernard ADER de Sabalos. Monsieur Lionel DUPONT intervient
alors : il est à l’origine de cette information. Cette
enquête met en évidence quelques réussites spectaculaires.
Emile BIECKERT, originaire d’Alsace, mari d’une fille
ADER toujours de Sabalos, créa au début des années
1880, la première usine de production de bière maintenant
de réputation internationale.
Nous avons découvert également un très bon exemple
d’intégration : Albert de CAZAUBON, issu d’une
famille béarnaise, a fait son service militaire en Argentine.
Il étai devenu parfaitement bilingue, mais sa femme uniquement
francophone a voulu rentrer en France. Leurs descendants possèdent
le Château d’Ost. Des retours ont été provoqués
par la guerre de 1914-1918 : les pères « lourdistes »
sont tous rentrés.
Fin de la conférence sous les applaudissements.
Avant les questions, intervention de Jean
PUYADE pour préciser qu’un certain nombre de livres sur
cette émigration du Sud-Ouest qui sont aux éditions
J&B, « L’Emigration et Cousins Basques d’Amérique
» de SARAMONE et le livre de statistiques du Docteur CHERNISSE
et bien d’autres livres que vous pouvez disposer auprès
d’Estella BELLONI.
Je voudrai dire aussi que cette réunion
nous l’avons organisée avec l’Association des Bigourdans
de Paris, qui sont parmi nous. Je suis très heureux d’avoir
commencé cette coopération avec eux.
REPERES BIBLIOGRAPHIQUES
R. VIE, La population des Hautes-Pyrénées
à la fin du XIXème siècle, dans catalogue du
Musée pyrénéen. La vie quotidienne dans les Hautes-Pyrénées
au temps de Bernadette, Lourdes, 1979, pp 91-109.
R. VIE, La fuite, dans Bigorre et Quatre Vallées,
tome I, Pau, SNERO, 1981, pp 417-458.
J. LEGENDRE, Des coteaux de la Baïse et
du Barrès à la Nouvelle Orléans au XIXème
siècle, Bulletin de la Société Ramond, 1997,
pp 47-80
ADRESSES
Maison de l’Amérique Latine
217, boulevard Saint Germain
75007 PARIS
La Casa de Santa Fe en Paris
Association Culturelle Franco-argentine
57, rue Daguerre 75014 PARIS
Tél. : 01.43.21.46.91
E-mail : casasantafeparis@yahoo.fr
Amicale des Bigourdans de Paris
Maison des Pyrénées
15, rue Saint Augustin 75002 PARIS
Site : www.bigourdans.com
E-mail : net@bigourdans.com
A. M. M. E.
Association pour la Mémoire de l’Emigration
56, rue Emile Guichenné
64000 - PAU
http://monsite.wanadoo.fr/ammemoigres
Association Guillaume MAURAN
Chercheurs et historiens des Hautes-Pyrénées
Archives Départementales des Hautes-Pyrénées
5, rue des Ursulines B.P. 1343 65013 TARBES CEDEX 9
Tél. : 05.62.56.76. ou 05 62 93.86.02
SITES INTERNET
http://perso.club-internet.fr/lidupont
(Causes régionales de l’émigration franco-pyrénéenne
de Lionel DUPONT )
http://www.afbuenosaires.com