Monographie élaborée en 1887 par l'instituteur de Marquerie (65). ce travail a été demandé à tous les instituteurs de France. Ces monographies peuvent être consultées aux archives départementales.

 

 

 

 

 

Marquerie, agréablement situé sur la colline occidentale qui domine le vallon de l’Arros, à douze kilomètres environ au Nord-Est de Tarbes et à trois kilomètres au Sud-Est de Pouyastruc, chef-lieu du canton, est borné au Nord par la commune de Castelvieilh, au Nord-Est, par celle de Cabanac, Larrance, petit cours d’eau, la sépare à l’Est et au Sud-Est de Goudon, le ruisseau Dessus, de Coussan, au Sud, et Lestéous, autre petit cours d’eau, termine ses limites à l’Ouest.


plan de la commune de Marquerie

Cette commune s’étend du Sud au Nord sur une surface de 339 ha,03 ; son altitude est de trois cent-un mètres. Le sol est argileux, de qualité ordinaire sur les trois coteaux qui représentent la majeure partie de la superficie, de première qualité dans les plaines du Moura à l’Est et de Lestéous à l’Ouest. Il est planté en vignes, blé, maïs, chanvre, avoine, plantes potagères ; quelques prairies en varient l’aspect. La plupart des maisons ont leur verger charmant petit oasis où germent les fleurs et les fruits. Ces derniers surtout y abondent dans toutes leurs variétés ; cerises, prunes, abricots, poires, pommes, noix, châtaignes, figues ne manquent pas en leur saison, et il n’est pas douteux qu’en fait de vie frugale Marquerie ne soit à même d’offrir tout ce qu’on peut souhaiter.
Le coup d’œil d’ensemble du village

 

 

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n’a rien de bien agréable ; les maisons se trouvent isolées et la solitude la plus complète y règne. Un poète y trouverait bien-sûr l’essence alimentaire pour ses rêves et la retraite dans tout ce qu’elle a de sentimental.
N’exagérons pas néanmoins. Marquerie peu riant en lui-même ne laisse pas que d’avoir certains charmes. Situé sur une hauteur où l’œil peut plonger à l’horizon, on aperçoit, disséminés dans les plaines et les coteaux environnants bon nombre de petits villages, aux habitations blanches et coquettes.
Deux vastes forêts et de nombreux bocages étalent les unes leurs grands troncs séculaires, les autres leurs jeunes rameaux, offrant sous leurs voûtes sombres, pendant l’ardeur de saison, une fraîche demeure au bruyant coucou et à ses compagnons familiers : la tourterelle et le loriot.
Tout au sud la chaîne des Pyrénées se profile avec ses rocs gigantesques, ses neiges éternelles et ses hauts pics dorés par le soleil couchant, présente un fond splendide où l’œil se repose avec délices.
Marquerie offre aussi quelques avantages matériels : une source abondante pourvoit aux besoins de la commune, chose précieuse dans un pays de côtes où l’on ne trouve d’habitude que des puits ou des mares à l’eau de qualité très médiocre et rendez-vous de mille petites bestioles d’aspect peu sympathique. En outre, chaque propriétaire agrémente son verger d’un ou plusieurs petits étangs abondamment


 

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pourvus de délicieuses tanches.
Le climat est tempéré ; d’abondantes pluies fertilisent le sol, des vents très violents soufflent de l’ouest aux périodes de printemps et l’automne, sans pourtant causer de grands dommages. La salubrité est proverbiale, jamais on n’a eu à souffrir d’une épidémie quelconque .
D’après le recensement de six-huit cent quatre-vingt six la population est de cent dix-neuf habitants ; elle tend à diminuer pour cause d’émigrations. Marquerie comme quelques autres communes déverse au sein des villes les bras qui ne lui sont pas de première nécessité.
La commune se divise en trois quartiers disposés parallèlement. Le quartier situé au nord (Barquissau) comprend un groupe d’habitations dont la population ne dépasse pas le chiffre de quinze personnes. Le quartier intermédiaire (la Gèle) est plus peuplé. Il comprend vingt-quatre maisons et vingt-six feux. Ses habitants sont au nombre de quatre-vingt-onze. Le troisième quartier dit de Poueyroutou renferme un personnel de quinze habitants répartis en trois feux.
La commune est gérée par un conseil de dix membres dont un maire et un adjoint. Pour les cultes, en treize cent quarante-deux Marquerie appartenait à l’archiprêtré de Chelle-Debat, comme Cabanac, Castelvieilh, Bouilh-Dfarré, Jacque, Peyrun, Saint-Sever, Laméac, Fréxanède.


 

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(Fréchède), Labarthe, Troulé, et Marceillan.
Aujourd’hui, un prêtre catholique y professe le culte et y réside.
Marquerie dépend de la perception de Cabanac et du bureau de poste de cette dernière commune.
Le bureau télégraphique le plus rapproché est à Pouyastruc.
Les revenus ordinaires sont produits par la vente annuelle d’une coupe de bois (futaies) évalué environ six cent francs, et un coupe affouagère, bois, taillis répartis entre tous les feux, au nombre de trente-trois et produisant ordinairement de cent soixante-cinq à cent quatre –vingt francs. Les feuilles et fougères donnent en outre une faible somme s’élevant au plus à une quarantaine de francs .
Comme il a été dit précédemment les productions sont de toute nature. On cultive surtout le blé, l’orge, le seigle et l’avoine dont le rendement par hectare est d’environ 16 hectolitres. Le maïs y devint très beau, mais on ne le cultive qu’en petite quantité. La vigne est la principale ressource de la commune ; elle s’étend sur une superficie de soixante hectares environ et produit un vin blanc très estimé dans la contrée.
Pendant les années fertiles, le vin fait la véritable fortune des habitants.
Malheureusement les diverses maladies : phylloxéra, oïdium, mildiou ont envahi la contrée depuis environ trois ans et amoindri considérablement la récolte. Ajoutons

 

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encore les gelées d’avril qui font à elles seules quelquefois plus de mal que tous les microbes réunis.
Les animaux domestiques qu’on élève, à part les bêtes de somme, les brebis, les porcs, les chèvres, sont utilisés pour le labour : vaches et bœufs marchent tous les jours à la charrue et il n’est pas rare de les voir traçant le sillon.
Depuis le matin à l’aube jusqu’au soir après le crépuscule. Les troupeaux ne sont pas nombreux ; à peine la commune compte-t-elle trois ou quatre bergeries d’une trentaine de moutons chacune.
Les gallinacés y sont en grand nombre : dindons, poules peuplent abondamment la basse-cour ; ils sont l’objet de la plus grande sollicitude des ménagères. Quelqu’une de ces petites bêtes disparaît bien parfois : elle est allée au marché s’échanger contre un foulard, une jupe ou un tablier ; tant pis pour le renard, c’est lui qui paiera tout, si le chef de la ferme compte le troupeau ! Il a bon dos heureusement ; sa réputation n’est plus à faire et il sait très bien l’heure de l’expiation arrivée qu’il a nombre de petites fautes sur la conscience. Il est avec ses coreligionnaires : le blaireau et le sanglier.
Ajoutons-y quelque timide et rare lièvre, le seul gibier sédentaire.
Les oiseaux de passage, cailles, pigeons ramiers, palombes et petits passereaux y viennent en petit nombre et diminuent toutes les années. Quelque perdrix rouge


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défie de temps à autre l’œil du chasseur malheureux qui trop souvent revient au logis l’estomac et le carnier vides.
Marquerie est mis en communication avec le chef-lieu de canton et celui du département par un chemin vicinal qui se prolonge à l’est jusqu’à la rencontre de la route nationale de Tarbes à Trie, par Cabanac ; en outre, un deuxième chemin relie la commune à Coussau au sud, à Castelvieilh au nord.
Le principal commerce, le seul presque auquel se livrent les habitants est celui des bêtes à cornes, ils achètent de jeunes bœufs pour les revendre un peu plus tard, ordinairement après les travaux du labourage.
Les mesures locales sont celles qui sont autorisées par la loi, moins la prime, unité de poids pour les laines et le fil, équivalant à deux cinquièmes de kilo.
Marquerie tire son nom de sa situation physique : Marqua ou Merqua, borne (de là le nom de Marquis donné dans l’ancien temps à ceux qui avaient pour mission de défendre la frontière) A riou,d’où rio et rie, ruisseau : Marquerie borné par des ruisseaux. En effet, Marquerie est borné à l’est par Larrance, au sud par la rivière de Dessins, à l’ouest par Lestéous et au nord en partie par un quatrième ruisseau sans nom à cause de son peu d’importance.
L’idiome local est à peu près le


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Bigourdan, il n’en diffère que par la prononciation du (S) qui est celle du (C) doux espagnol et qui est nulle à la fin des mots lorsqu’elle n’est pas remplacée par le son CH dans les liaisons.
Les chants en vogue sont des hymnes nationaux ou patriotiques tels que : la Marseillaise, le chant du départ, le drapeau et le porte-drapeau ; ce dernier surtout, comme de tous est le signe de ralliement aux grands jours de tirage au sort.
Les mœurs des habitants sont généralement pures et simples ; ils vivent honnêtement les uns dans l’aisance, les autres à l’abri du besoin.
Leurs costumes n’ont rien de singulier ; les hommes paraissent coiffés ordinairement de larges bérets bleus ou marrons ; ils revêtent une longue blouse qui, dissimulant la taille, leur flotte jusqu’aux genoux ; des pantalons noirs ou gris et des bottes à haute tige complètent leur mise.
Les femmes et les jeunes filles sont simplement vêtues. Leurs têtes sont habituellement couvertes par des carrés ou mouchoirs qu’elles laissent tomber jusqu’à la naissance du dos. Elles portent des vêtements serrés jusqu’à la taille puis des robes amples et unies qui descendent jusqu’à terre.
La principale nourriture des familles consiste en plantes potagères, légumes, fruits, viandes salées et volailles de toute sorte.
Dès l’année dix-huit cent trente six, l’enseignement public était donné à Marquerie.


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Par Mr. Loncan, instituteur titulaire. Après lui exercèrent les mêmes fonctions Messieurs Barenné , Jacommet, Couhitte, Capdevielle, Pilon, Labadens jusqu’à l’arrivée de ce dernier, la salle d’école était louée par la commune ainsi que le logement de l’instituteur. Puis vinrent Duffau, St Upéry et Brau, actuellement en fonctions.
A l’époque où Mr. Labadens professait la commune construisit, à ses frais, il y a vingt ans, la maison d’école actuelle, suffisante quant à la salle de classe, mais tout à fait incommode, pour le logement de l’instituteur ; car ce dernier ne possède que trois pièces, dont : cuisine au rez-de-chaussée, chambre à coucher et cabinet de travail au premier ; une vaste salle est affectée à la mairie. Un deuxième bâtiment, comprenant les préaux réglementaires et une salle d’école s’impose absolument ; cette construction pourrait, je crois, se faire pour une somme de sept à huit mille francs.
De cette façon, la salle actuelle serait affectée à la mairie, tandis que l’instituteur pourrait occuper une troisième chambre. La commune d’ailleurs se prêterait volontiers aux sacrifices qui dépendraient d’elle.
La fréquentation scolaire est bonne pendant l’hiver et les premiers mois du printemps ; défectueuse à l’époque des grands travaux agricoles. La cause en est, je crois, au non fonctionnement de la commission scolaire. Néanmoins, les illettrés deviennent de plus en plus rares : un seul conscrit a eu quelques difficultés

 

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A signé son nom au dernier tirage. Tous les conjoints l’ont signé.
Comme les finances de la commune traversent une crise sérieuse, il n’a pu être institué de bibliothèque scolaire ; cette œuvre a pourtant été mise en avant et il est permis d’espérer que sous peu elle sera en bonne voie d’organisation.
Marquerie


 


 

Copie du texte: janine CENAC
 

Amicale des Bigourdans de Paris