Monographie élaborée en 1887 par l'instituteur de Marsac (65). ce travail a été demandé à tous les instituteurs de France. Ces monographies peuvent être consultées aux archives départementales.

 

 

La commune de Marsac, canton de Vic-Bigorre, arrondissement de Tarbes, département des Hautes-pyrénées est située sur la rive gauche de l’Adour qui lui sert de limite, à l’est, avec la commune de Tostat ; ses autres limites sont : au Nord, Villenave par Marsac ; au Nord-Ouest, Pujo ; à l’ouest Andrest ; au Sud Sarniguet.
Elle mesure une étendue de cent vingt cinq hectares soixante six ares cinquante huit centiares (125ha.66a.58ca.)
Sa distance au chef-lieu de canton (Vic Bigorre) est de huit kilomètres (8km) et celle qui la sépare du chef-lieu d’arrondissement et du département (Tarbes) est de douze kilomètres (12 km) ; son sol est plat et uni, un peu incliné vers le Nord ; il est de nature d’alluvion à l’est et argilo-siliceux à l’ouest ; il ne présente pas de curiosités naturelles, mais il est très fertile et produit des récoltes abondantes.
Le fleuve de l’Adour qui longe son territoire du sud au nord, débite environ dix mètres cubes d’eau par minute.
Si, par le moyen d’un canal de déviation qui permet l’irrigation des nombreuses prairies, les eaux de ce fleuve augmentaient la richesse des habitants, elles sont quelquefois préjudiciables à ces derniers qui voient leurs terres corrosionnées par des crues, lesquelles se produisent lors de la forte précipité des neiges accumulées sur les Pyrénées.
Leurs habitations sont même quelquefois menacées.


 

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En 1875, le 23 Juin, le village était complètement inondé et la population a eu beaucoup à souffrir. Le lit de la rivière s’est sensiblement approfondi depuis lors et par suite, le torrent est devenu moins menaçant. IL n’en est pas moins vrai que l’Administration locale est tenue à une observation vigilante : elle doit, chaque année, renouveler d’onéreuses dépenses sur sa rive afin de prévenir le danger, que semble d’ailleurs favoriser la déclivité du terrain, d’une forte crue.
Les eaux potables sont fournies aux habitants par des puits d’une profondeur de quatre à cinq mètres que chaque particulier a dans sa cour et qui sont nécessairement alimentés par les eaux du fleuve, lesquelles sont rendues limpides et très légères par leur passage à travers un sous-sol sablonneux. A l’extrémité Nord-Ouest du territoire se trouve une fontaine dite de l’Allia, intarissable, alimentée par une source verticale dont on voit le jet à la profondeur de quatre vingt quinze centimètres. Ses eaux, dont la limpidité et la légèreté peuvent rivaliser avec celles des sources les mieux accréditées des plus hautes montagnes, fournissent aux cultivateurs des communes de Marsac et Villenave pendant la saison des grands travaux une boisson des plus salutaires.
La latitude est de 43°15 et la longitude de 2°13.
L’altitude de la commune est d’environ 255 mètres, son climat est tempéré, ses vents qui sont généralement froids en hiver, suivent la direction Nord-Ouest Sud-Est, il en est parfois qui se dirigent du Sud-Ouest au Nord-Est et qui sont les précurseurs de pluies abondantes, surtout vers la fin de l’automne et le commencement du printemps ; sa température est généralement douce et agréable, mais elle est sensiblement refroidie pendant l’hiver par les brises du Nord.
Malgré son voisinage de l’Adour dont le

 

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lit s’est beaucoup approfondi, comme je le dis plus haut, depuis l’année 1875, et grâce à un sous-sol tout à fait sablonneux, il n’y a pas d’eaux stagnantes et le sol est tout à fait sec ; aussi, n’y voit-on pas actuellement des goitres comme autrefois.
Le séjour y est rendu agréable par le beau panorama dont jouit le village à cause de sa vue dégagée ; il est d’autant plus salubre qu’une assez belle forêt, à peu près demi-circulaire, se trouve placée non loin dans la direction du Nord-Ouest.

II

D’après le recensement de 1886, la commune de Marsac compte seulement 249 habitants ; ce chiffre qui est inférieur à celui de 1881, de 17 individus tend à diminuer ; il y a une vingtaine d’années, alors qu’il était à 300, il tomba subitement par l’émigration dans l’Amérique du sud d’une quarantaine de personnes.
Aujourd’hui, malheureusement la jeunesse ne paraît plus s’attacher au sol et mue par cet esprit d’aventure qui semble favoriser le développement de l’instruction, elle émigre vers les grands centres, abandonnant la proie pour l’ombre.
Le territoire est divisé en quatre sections A.B.C.D. sans hameaux et compte onze quartiers, savoir : Marque-Debat, Marque-Devant, Marque-Dessus, Lamarquette Cayrey, Lalanne, Lavignolle, Espalus, Las Carrères, Fabas, l ‘Allio.
Les maisons sont agglomérées et ne forment qu’un seul groupe appelé le corps du village qui a 71 feux ou ménages.
L’Administration locale est exercée par une Assemblée municipale présidée par le Maire ou l’Adjoint délégué ; le travail de ma mairie est confié à un secrétaire qui est toujours l’Instituteur ; il y a un garde-champêtre, choisi par le Maire et nommé par le Préfet qui est chargé du maintien du bon ordre dans le village et de la surveillance



 

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des propriétés communales et particulières ; il y a également un valet commun chargé de la publication et de l’affichage de tous documents intéressant le public.
Pour le service du culte, Marsac a une desservance, elle a pour annexe la commune voisine Villenave, pour celui des finances, elle appartient à la perception de Pujo dont le titulaire réside au chef-lieu du canton ; le service des postes est fait par le bureau d’Andrest, sa boîte aux lettres est levée deux fois par jour, de 10 à 11 heures du matin.
La valeur du centime est de 8f.54c.

III

Les productions de la commune de Marsac consistent en : blé, maïs, pommes de terre, haricots, tabacs, trèfle incarnat ou farouche, foin et quelque peu de vin. Toutes ces récoltes, à part le vin, étant très abondantes et plus que suffisantes pour la consommation de la localité contribuent pour une large part dans l’alimentation des marchés voisins, Vic, Rabastens, Tarbes.
La richesse du sol augmentée par la grande quantité d’engrais qu’on lui donne et qui consiste en fumier et quelque peu de chaux, permet aux cultivateurs moyennant un assolement judicieux de ne pas faire de jachères et de faire immédiatement succéder une récolte à une autre.
La commune possède une assez belle forêt à essences de chênes, reboisée par le moyen de semis et actuellement en exploitation ; ses coupes ordinaires qui fournissent du bois de construction et de chauffage, donnent annuellement un revenu moyen de 600 francs ; cette forêt est sous la surveillance de l’Administration forestière.
Autrefois, le territoire était pour ainsi dire complanté en vignes qui ont été déracinées après


 

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l’apparition de l’oïdium et les quelques parcelles qui restent encore sont atteintes par tous les fléaux de l’époque si ce n’est par le phylloxéra ; mais cette année les cépages sont si faibles que les vignerons craignent de le voir apparaître trop tôt.

Le principal élevage auquel on se livre est celui de l’espèce bovine, on y trouve également l’espèce chevaline, l’espèce porcine et la volaille.
Les habitants de la localité se livrent peu à la chasse, ce qui n’empêche pas que les alentours du village sont renommés pour les cailles et les perdreaux.
La pêche est presque nulle tandis qu’autrefois, l’Adour était très peuplée de truites, de brochets, de goujons et autres poissons dont les habitants au moyen d’un instrument appelé la fourchette, garnissaient leurs tables à peu près quand ils voulaient ; aujourd’hui, la rivière est pour ainsi dépeuplée par suite de l’empoisonnement qui se pratique sur une large échelle ; aussi, voit-on rarement quelque ligne ou quelque épervier jetés presque toujours en vains sur les rives ;
La commune ne possède point de mines, ni carrières ou autres produits.
Les voies de communications qui traversent la commune sont :
1°- Le chemin d’intérêt commun N° 9 qui la traverse de l’est à l’ouest et la relie au moyen d’un pont jeté sur l’Adour et reconstruit en 1877, avec les routes nationales N° 135 et 21, ainsi qu’avec la gare d’Andrest ;
2°- Le chemin d’intérêt commun N° 10 qui la traverse du Nord au Sud et aboutit également à la route départementale N° 135.
A part la ligne du Midi dont la gare d’Andrest se trouve à 2km.700 du centre du village, les habitants ont pour moyens de transport leurs bréaks et voitures

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et une patache pour se rendre aux chefs-lieux du canton et de l’arrondissement dont ils fréquentent régulièrement les marchés .
La population est essentiellement agricole et ne se livre à aucun commerce, il y a pourtant un mercier ambulant et deux épiceries dont l’une surtout jouit par son importance d’une grande renommée dans les environs.
Les anciennes mesures locales ont à peu près disparu ; on voit pourtant encore la vieille ménagère mesurer sa toile à l’aune.
Le foin est vendu au quintal de 50 kilos et non de 100.

IV

L’étymologie du nom est inconnue et aucun document n’existe portant trace de l’Administration de la communauté avant la révolution ; ce n’est qu’à partir du 5 février 1793, au second de la République, que l’assemblée générale du lieu tient un registre pour ses délibérations et autres actes intéressant la commune.
Le Seigneur de Troncens et de Marsac fit en 1300, une concession de fiefs aux habitants de la communauté de Marsac ; cette maison seigneuriale était située sur le levant du village. Il y a une vingtaine d’années, un propriétaire en défonçant son jardin, découvrit un mur circulaire d’une certaine épaisseur dénonçant un donjon et dans lequel il trouva trois cadavres.
On rapporte qu’une maison de religieuses était adossée à l’ancienne église démolie en 1882, et dont les murs tout à fait noirs sous le crépi dénonçaient qu’elle avait été incendiée, sans doute en même temps que celle de la commune voisine, Sarniguet en 1500 ou sous Lysier qui revenait de faire ses exploits au monastère de St Sever de Rustang.
La maison Bouilh de Clarac dont le

 

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château subsiste encore mais la famille avait donné des officiers supérieurs à l’armée, il y a également la maison Barrière, disparue, qui avait fourni des hommes de guerre.
Le langage habituel est le patois bigourdan.
Le chant a toujours été aimé dans la localité ; en 1848 une société orphéonique avait été créée par un disciple du chanteur Rollain ; elle a subsisté pendant une dizaine d’années.
A des habitudes simples et modestes, les habitants allient des mœurs douces et régulières. Ils appartiennent au culte catholique ; ils portent le costume du pays sans recherche ni apprêt ; leur nourriture est frugale et consiste principalement en légumes et salaisons.
Le maïs surtout pendant l’hiver, entre pour une large part dans l’alimentation.
Le village est généralement bien bâti, les maisons sont spacieuses et disposées selon les besoins de l’agriculture.
Il y a un château de construction moderne placé à la rencontre des deux principales rues du village, ayant un beau parc ombragé d’arbres d’agrément et un vaste jardin, le tout clôturé par de hautes murailles.
En fait de documents officiels, les archives communales ne renferment, jusqu’en 1793, que des registres de baptêmes, mariages, décès, rédigés par des prêtres et remontant au commencement du dix-septième siècle.
A partir de la révolution ces actes sont rédigés par l’officier civil, et le 5 février 1793, l’Assemblée générale ouvre un registre pour la rédaction de ses délibérations et autres actes intéressant la commune, tels que coupe de bois, bans des vendanges, nettoyage des rues, agrégation de l’Instituteur et du prêtre depuis le Concordat, réquisitions de selles et brides pour l’équipement des soldats, etc.



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Annexe au titre IV

Enseignement

Avant la Révolution, l’instruction était donnée par un instituteur agréé par la communauté et le Curé ; l’école se faisait sous le porche de l’église et recevait environ vingt élèves, des garçons seulement.
En l’An VII de la République,le 12 brumaire , l’Assemblée générale de Marsac, par une délibération nomme instituteur et secrétaire greffier, pour un an seulement le citoyen Soulez de Tostat, avec un traitement de neuf pistoles en numéraire, payable par moitié chaque trimestre et un copeau de froment et un autre de seigle par écolier qui lui sera confié, payable à la fin de l’année ; il devra assister aux offices, aire deux écoles par jour, donner deux leçons par école, faire la prière à chacune et deux fois la doctrine par semaine ; il devra aussi rédiger les délibérations et faire les rôles des contributions.
Cet instituteur quitta dans les mois de ventôse ou pluviôse de l’an IX et ne fut remplacé que le 28 nivôse an X, par Mr. Claverie de Lésignan, canton de Lourdes, avec un traitement inférieur au précédent (85) ) payable par tiers tous les trois mois et une mesure de carron par écolier, payable par moitié, en thermidor et à la fin de l’année.
Il se réserve un jour par décade, une décade pour la moisson et un pour les vendanges.
Comme il n’était nommé que pour une année, il quitta à l’expiration de son mandat et fut remplacé le 11 pluviôse an XI par le citoyen Dalies de Tostat.
Cet instituteur reçoit cent vingt francs payables par moitié de six en six mois et la mesure de carron par élève payable à la moisson sera comble.

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Il est chargé de mesurer tout le vin qui se vendra dans la commune moyennant 12 sols ou 60 centimes par char ; les vendeurs sont tenus de l’informer de la vente. Il lui est accordé un jour par semaine pour ses affaires s’il en a besoin, ainsi qu’une semaine pendant la moisson et quinze jours pendant les vendanges.
Le 10 fructidor de la même année, le citoyen Dalies, instituteur est chargé, moyennant cinq centimes par livre de la perception des contributions directes et indirectes de la commune. Les charges d’instituteur et de secrétaire lui sont renouvelées chaque année par délibération, et le traitement est porté à 140f. le 17 pluviôse de l’An XII ; la rétribution scolaire par élève est donnée en froment et non en carron, en 1806, le mesurage du vin lui est payé 75 centimes au lieu de 0f.60.
Cet état de choses, avec une légère augmentation dans le traitement, s’est continué jusqu’à la loi Guizot de 1833 qui donnait à l’instituteur un traitement de 200f. plus la rétribution, toujours en nature jusqu’à la loi Falloux.
L’école était mixte et recevait les enfants des deux sexes de la commune voisine, Villenave, qui a été réunie pour l’instruction, à Marsac, jusqu’en 1882 ; les deux communes donnaient une population scolaire de 40 élèves en moyenne ; depuis 1860, il s’écoula une période où l’instituteur ne reçut que des garçons, les filles allaient avec une institutrice privée payée par les pères de famille et recevant une petite allocation de la commune.
Depuis 1882, l’école de Marsac, quoique mixte dans le fonds, est spéciale aux garçons, par suite de l’entente intervenue entre l’Autorité compétente et les municipalités de Marsac et Villenave que les garçons des deux communes


 

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seraient confiés à l’instituteur de Marsac et les filles à l’institutrice de Villenave. Marsac, en moyenne reçoit 25 élèves.
L’école est installée dans la maison commune bâtie sur l’emplacement de l’ancienne mairie, à l’angle des chemins d’intérêt commun N° 9 et 10 qui traversent la commune.
L’édifice se compose de six pièces et un corridor ; le logement de l’Instituteur qui occupe la partie orientale, se compose de quatre pièces dont deux au rez-de-chaussée et deux au 1er.
L’école occupe la pièce du rez-de-chaussée du couchant donnant ; elle est aérée par deux croisées à l’aspect du midi donnant sur la rue, et une au nord qui donne sur une petite cour, elle est suffisamment vaste pour le nombre d’élèves qu’elle reçoit actuellement.
La mairie occupe la pièce correspondante du 1er étage.


 

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plan de la commune de Marsac


 

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La satisfaction des besoins du maître comme des élèves laisse à désirer sous certains rapports : le mobilier doit être remplacé ; il faut une cour fermée pour que le maître soit chez lui et que les enfants qui prennent leurs récréations à l’angle de deux rues très fréquentées ne soient pas exposés aux dangers qu’ils courent par suite du passage continuel des chars et voitures ; il faut également un préau couvert pour les élèves et un hangar pour le maître et certaines autres réparations intérieures.
La municipalité se propose de se mettre à l’œuvre sous peu pour apporter à l’édifice scolaire les améliorations ci-dessus indiquées.
La fréquentation des classes est régulière, à part quelques jours des grands travaux de l’été.
L’instruction est actuellement assez développée ; il n’y a pas eu de ces dernières années de conscrits illettrés ni des conjoints qui n’aient signé leurs noms.
Une bibliothèque va se fonder incessamment ; une souscription dont l’instituteur a pris l’initiative a produit une certaine somme qui, jointe à celle qu’a donnée la municipalité permettra de placer immédiatement une cinquantaine de volumes dans la bibliothèque.
Malgré les efforts du maître, il n’a pu être créé ni une Caisse des écoles, ni une Caisse d’épargne scolaire.
L’Instituteur jouit du traitement légal de 1200 francs et reçoit une indemnité de 80 francs pour le travail du secrétariat.
Pour réaliser les améliorations nécessaires et qui sont énoncées ci-dessus, il y aura à dépenser un capital d’environ dix mille francs.
La commune ne peut pour le moment



 

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participer à la dépense que pour une faible part, car avec toute la bonne volonté dont elle peut être animée, elle ne voudra pas dépenser un capital qu’elle ne possède point.


 

Copie du texte: janine CENAC
 

Amicale des Bigourdans de Paris