Institut
Béarnais & Gascon
Enstitut Biarnés & Gascoû
BP 1501 - 2, rue Cazaubon Norbert
64015 PAU CEDEX
Félibrige, occitanisme...
I. Dans l'ensemble d'Oc
« Oui dans le Midi » en deux lettres. : « Oc ». Les
mots croisés nous ont habitués à cette définition, et les dictionnaires
disent en général que la langue d'oc était jadis la langue du Midi
de la France, comme la langue d'oïl, celle du Nord.
En réalité, cette « langue d’oc » n'a jamais cessé d'être celle de la vie de nos campagnes jusque
vers 1950, et elle est encore celle de beaucoup de gens âgés. Et même,
Romantisme aidant, elle a connu une certaine vogue littéraire à partir
de 1830, avec notamment la remise à l'honneur des "Troubadours"
dont la poésie lyrique s'épanouit aux XIIe-XIIIe s., puis la création
en 1854, par Frédéric Mistral (1830-1914) et ses amis, du mouvement
de renaissance littéraire appelé Félibrige. De la Provence,
ce mouvement devait s'étendre assez vite à tout le Midi et notamment
en Béarn et en Gascogne, comme nous le verrons plus loin.
Parallèlement à son action proprement littéraire, le Félibrige faisait
revivre le souvenir de la Croisade albigeoise qui avait permis au
roi de France, au début du XIIIe s., de mettre directement sous sa
main les terres de son vassal le comte de Toulouse : ainsi était mort-né
l'état méditerranéen qui aurait pu se constituer dans le Midi français.
Prolongé jusqu'à Valence d'Espagne par les terres catalanes dont les
parlers se rattachaient à la langue d'oc, cet état aurait pu permettre
l'épanouissement de cette langue; mais rien ne dit que cela ne se
serait pas fait sous sa forme catalane, ni que les avatars de l'histoire
ne lui auraient pas finalement substitué le castillan. On ne refait
pas l'Histoire; mais certains espéraient ainsi réveiller la « nation »
d'oc, appelée à être dotée d'institutions politiques et administratives
propres dans une France devenue fédérale. Et l'éparpillement des parlers
d'oc ferait place à une langue unifiée sur le modèle du provençal
"rhodanien", celui qu'illustrait si bien l’œuvre littéraire
de Mistral et de ses amis.
Mais d'une part, la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine après
la guerre de 1870-71 devait bientôt rendre inconvenant tout projet
qui porterait atteinte à l'unité de la France; Mistral, reconnu par
les milieux parisiens, ne pouvait se permettre de leur déplaire. Et
d'autre part, l'hégémonie du provençal rhodanien n'était pas du tout
du goût des Languedociens dont le parler "central" était
le continuateur direct de celui des sujets du Comte de Toulouse, et
en gros, de la « langue des troubadours »..
La fin du XIXème s. et le début du XXe virent donc se développer en Languedoc,
au sein même du Félibrige, un courant qui privilégierait au contraire
le languedocien, majoritaire en locuteurs, "central" etc…
Et pour bien marquer la distance d'avec le courant provençal, la « langue
d’oc » fut renommée « occitan » à partir d'un
terme inventé au XIVe siècle par la chancellerie royale, tandis que
son écriture se ferait désormais à l'imitation de celle des Troubadours.
Ainsi, l’ « occitan » serait doté d'une « graphie
occitane » qui ne serait plus "succursaliste" de celle
du français - comme l'était celle de Mistral ! - et le Midi devenu
« occitanie » de Bayonne à Nice et de Montluçon à Salses
(Pyrénées Orientales), voire à Valence d'Espagne, écrirait ses parlers
de la même façon, en attendant de ne plus parler qu'une seule forme
d' « occitan », celui de la région centrale, le Languedoc.
L'occitanisme était né.
Il devait se fortifier après la guerre de 1914-18 et
aboutir notamment à la création à Toulouse de l'Escòla occitana
(1919), de la revue Oc (1923) et de la Société d'Études
occitanes (1930), plus ou moins rivale de la première, puis à
la publication à Barcelone, en 1935-37, des deux tomes de la Gramatica
occitana segón los parlars lengadocians du pharmacien audois
Louis Alibert (1884-1959).
Entre temps, le Félibrige survivait tant bien que mal à la disparition
de son fondateur (1914), devenu objet d'un culte, avec tout ce que
cela peu comporter de querelles entre successeurs et de blocage des
doctrines, arrêtées à la mort du maître.
Tout ce monde devait pourtant se féliciter de la faveur accordée par le
Maréchal Pétain aux langues dialectales - elles n'étaient pas encore
« régionales » -, avec ses hommages à la veuve de Mistral
et, plus utilement, l'introduction de l'enseignement de ces langues
(« langues bretonne, flamande, provençale… ») dans l'enseignement
public par les arrêtés du ministre Jérôme Carcopino (24 décembre 1941).
Le grand homme de la linguistique occitane Louis Alibert alla même
jusqu'à commettre d'imprudentes maladresses qui lui valurent à la
Libération procès et condamnation pour faits de collaboration.
Il y eut heureusement des occitanistes assez avisés pour voir le vent
tourner à partir du débarquement allié en Afrique du Nord en novembre
1942 et de l'échec allemand devant Stalingrad deux mois plus tard;
grâce à des amis qui avaient quelques titres de résistance, ils purent
donc créer en 1945 l'Institut d'Études occitanes (I.E.O.),
association « née de la Résistance » selon ses statuts de
1946, toujours en vigueur, et lui transférer hommes et biens de la
Société d'Études occitanes qui se saborda.
Vint alors une jeune génération d'occitanistes, bien souvent orientés
à gauche, qui se firent une joie de dénoncer les compromissions pétainistes
du Félibrige, son succursalisme orthographique, ses rites, ses routines,
son empirisme et son archaïsme face à la démarche "scientifique"
et "progressiste" du mouvement occitaniste.
Et alors que le « rétablissement de
la légalité républicaine » en 1944 avait abrogé les arrêtés Carcopino
de 1941 sur l'enseignement public des « langues dialectales »,
des amis bien placés firent mentionner la « langue occitane »
dans la loi "Deixonne" qui, au début de 1951, autorisa à
nouveau cet enseignement. L'I.E.O. s'activa pour en profiter; puis,
dans la logique profonde du mouvement, il formalisa sa démarche vers
un « occitan de référence », le languedocien "normalisé",
tout en écartant formellement le gascon, affirmé comme langue « très
proche, mais spécifique » (Rapport de P. Bec, 1972). Mais cette
reconnaissance du gascon fut aussitôt oubliée, et le mouvement s'employa
à utiliser la mention "légale" de la langue d'occitane et
l'appareil centralisateur de l'Éducation nationale pour privilégier
l'occitan standard dont le nom même relègue les autres parlers au
rang de "patois" appelés à disparaître.
Et devant la réaction des Provençaux, Auvergnats
et Gascons, le Félibrige officiel s'est allié à l'occitanisme pour
réaffirmer l'unité de l' « occitan » ou « langue
d’oc ».
II. En Gascogne et Béarn
Curieusement, c'est une tournée en Béarn-Bigorre des « Félibriges
et cigaliers de Paris », à l'été 1890, qui a accéléré la prise
de conscience de la valeur de la vieille langue du pays en Béarn et
Gascogne du Sud-Ouest; ainsi s'est créée en 1896 l'Escole Gastoû
Fèbus, école littéraire affiliée au Félibrige provençal, mais
très attentive à la personnalité de la « langue d’oc » de
chez nous, le béarnais et le gascon.
Peu après, en 1904, le professeur agrégé de philosophie Bernard Sarrieu
(1875-1935) et ses amis fondaient de la même façon l'Escolo deras
Pirenéos pour le Sud-Est gascon (Comminges et Couserans français,
Val d'Aran espagnol).
De tout ce qui vient d'être dit du Félibrige et du mouvement occitaniste
en général, il parait clair que bien peu ait perturbé la vie de nos
deux écoles pyrénéennes.
Disons tout de suite que la mort prématurée
de B. Sarrieu entraina chez ses disciples un culte comparable à celui
de Mistral dans le Félibrige provençal, avec un repliement sur soi
et un rejet violent de tout ce que pouvait représenter l'occitanisme.
On lui doit cependant la publication, entre autres, des ?uvres du
commingeois B. Sarrieu, du grand poète aranais l'abbé Condó Sembeat
(1867-1919) et de l'abbé couseranais Jean Castet (1883-1961). Mais
faute de renouvellement, cette école a disparu avec la mort de ses
derniers dirigeants.
L'Escole Gastoû Fèbus fut autrement féconde, menée principalement
par deux de ses fondateurs, Simin Palay (1874-1965) et Michel Camélat
(1871-1962). Sa revue Reclams de Biarn e Gascougne ininterrompue
depuis 1897, fut le reflet de la pensée et la vitrine des ?uvres des
Félibres béarnais et gascons. S'y ajoutent toutes les ?uvres de ses
membres publiées séparément et dont la liste serait bien longue à
dresser. Palay nous a laissé aussi une énorme gerbe d'écrits en prose
et de poésies, notamment des pièces de théâtre témoins d'une langue
vivante parlée sans contraintes et dont le succès fut très grand en
un temps où chacun comprenait le gascon du Béarn. Quant à Camélat,
animateur des Reclams, il nous a aussi laissé une ?uvre d'une
extrême richesse, dans une langue gasconne à la fois profondément
populaire et remarquablement travaillée, que ce soit en poésie (avec
son immortelle Beline, le grand poème à la langue Morte
ou bibe, etc.) ou en prose, particulièrement dans ces tranches
de la vie de son temps, admirablement ciselées, qu'il a publiées sous
le titre de Bite bitante.
Mais pour mériter son nom, l'Escole s'est attachée à produire des
outils pédagogiques de la langue gasconne et béarnaise, le premier
étant sans doute la Grammaire gasconne (dialecte d'Aire) de
l'abbé Daugé (1905), suivi en 1928 du Manuel de grammaire béarnaise
de Jean Bouzet (1892-1954), agrégé d'espagnol, et surtout en 1932-34
de la première édition du Dictionnaire du béarnais et du gascon
modernes de Palay, oeuvre monumentale et irremplaçable; il sera
élargi et réédité en 1961 avec le concours du CNRS, qui le réimprime
régulièrement; en 1937, Jean Bouzet et l'abbé landais Th. Lalanne
publieront un savant opuscule Du gascon au latin; et la Syntaxe
béarnaise et gasconne du premier sera éditée après sa mort, en
1963. Parallèlement, Camélat publiait des recueils de textes, poésie
et prose, à l'usage des écoles. Il faut dire que si l'école publique
restait toujours officiellement fermée aux langues autochtones, l'évêque
de Bayonne Mgr Gieure, d'origine landaise, en avait prescrit l'enseignement
dans les écoles et collèges catholiques dès les années 20.
Mais la grande longévité de Simin Palay, qui
présida l'Escole de 1923 à sa mort en 1965, finit par lui nuire, gênant
le renouvellement des militants. Michel Camélat en fut le Secrétaire
pendant très longtemps lui aussi, la maladie ayant empêché l'agrégé
d'espagnol André Pic (1910-1958) d'être le successeur qu'il avait
espéré.
Quant à la troisième école félibréenne de Gascogne,
l'Escole Jaufré Rudel fondée à Bordeaux dans les années 50,
elle a peut-être souffert de l'inadéquation linguistique de son domaine,
à cheval sur le gascon, le limousin et le languedocien des confins
de la Dordogne. On n'a guère parlé d'elle.
C'est devant ce désert d'initiatives que se dressa un homme de grande
valeur humaine et patriote béarnais « cap e tout », Roger
Lapassade (1912-1999). Ayant retrouvé, pendant sa captivité en Allemagne,
la langue apprise de sa grand-mère dans son enfance béarnaise, il
n'eut de cesse que de la faire vivre, et en particulier d'en promouvoir
l'enseignement à l'école publique.
Membre de l'Escole Gastoû Fèbus dont il fut longtemps "sost-capdau"
(vice-président) et très respectueux de Camelat et de Palay, sa qualité
de professeur de français et d'espagnol au collège moderne - aujourd'hui
lycée - d'Orthez lui permit de découvrir aussi le mouvement occitaniste
qu'animaient surtout des enseignants. Il suivit donc les stages organisés
par l'I.E.O. et, finalement, avec quelques amis d'Orthez, créa en
1963 Per nouste, section du Béarn de l'I.E.O. Parmi ses amis,
deux hommes d'exception, le béarnais Robert Darrigrand, agrégé d'espagnol,
et Michel Grosclaude (1927-2002), professeur de philosophie au même
collège et originaire du Jura.
Ayant découvert la langue du Béarn, ce dernier en devint amoureux, l'apprit
avec peine - les ouvrages pédagogiques étaient rares et les Béarnais
plus souvent enclins à se moquer de celui qui s'essayait à parler
leur langue qu'à l'y aider - et appliqua sa science de pédagogue à
élaborer les outils qui éviteraient à d'autres ses propres difficultés.
Ainsi parut en 1977 la remarquable méthode Lo gascon lèu e plan.
Mais fortement marqué par le discours occitaniste entendu dans les stages
de l'I.E.O., M. Grosclaude fut vite convaincu de la thèse selon laquelle
la féodalité franque du nord avait colonisé tout le pays et provoqué
la décadence de la langue d'oc et de la "merveilleuse" civilisation
méridionale du XIIIe s. Peu importait que la Gascogne sous suzeraineté
anglo-normande et le Béarn quasi indépendant, aussi bien que la Provence,
terre d'Empire, soient restés bien loin de cette "brutale conquête"
du Midi, M. Grosclaude fit le mea culpa de ses ancêtres nordiques
et ne cessa de prêcher la décolonisation des terres d'oc. Ainsi, dès
le 1er numéro du bimensuel de l'association (Per nouste en
1967-68, Per noste de 1969 à 1979 et depuis 1970, País gascons),
il se fit le gardien vigilant de l'orthodoxie occitaniste : inclusion
du gascon dans l'occitan, quoi qu'en pussent dire les plus grands
linguistes ayant étudié notre langue, application stricte des règles
orthographiques occitanes quelles que pussent être leurs défauts à
l'égard du gascon, et en conséquence silence total, au moins depuis
1979, sur toute opinion qui pût remettre en cause ces dogmes.
Concrètement cependant, mis à part les défauts de la graphie occitane
employée, son enseignement du gascon aussi bien que sa propre pratique
furent toujours très respectueux de la langue vivante du Béarn, et
spécialement des environs d'Orthez. Ainsi put-il répondre à un lecteur
: « La meilleure fa çon d’étudier une langue, c’est de vivre
avec ceux qui la parlent (Per noste n° 12, , p. 13). Et chaque
fois que s'est posée la question de l'unification des parlers d'oc,
il a toujours affirmé son attachement à leur diversité. A la fin de
l'introduction à sa traduction de l'Évangile selon St Matthieu
(1995), il a même laissé échapper que « la langue gasconne
attend encore » sa traduction de la Bible, alors qu'il ne pouvait
ignorer que l'occitan avait celle des quatre évangiles depuis 1932.
Et quand un prétendu « Conseil de la langue occitane »
eut décidé de supprimer le h des noms propres étrangers,
il lança une pétition et publia une véhémente protestation (Païs
gascons n° 196, 1/2-2000, p. 13) alors qu'il eût été infiniment
plus simple de la déclarer inapplicable à la langue gasconne.
Mais c'est sous un titre tout à fait "orthodoxe" 70 clés
pour la formation de l'occitan de Gascogne (2000) que son
dernier ouvrage reprend de façon très claire la matière de Du gascon
au latin de Bouzet et Lalanne !
Entre temps, Roger Lapassade avait eu la sagesse de laisser la présidence
de Per noste à plus jeune que lui, et de sa villa Amistat
sur le coteau qui domine Orthez, il observait, lisait, écoutait et
pensait. Et il a vu le danger que la man?uvre occitaniste faisait
peser sur la diversité des parlers d'oc, et spécialement sur notre
gascon, notre béarnais; il a donc fini par écrire que des trois drapeaux
qu'il avait suivis dans sa vie, deux l'avaient trompé, le sang et
or (occitan, croix de Toulouse sur fond rouge) et le tricolore (français),
et un seul lui avait réjoui le c?ur, le carré béarnais, avec deux
vaches rouges dans l'or du blé mûr; et cela, dans le poème Drapèus
arlats (drapeaux mités) qui ouvre son dernier recueil, La cadena,
publié à l'occasion même du colloque qu'en mars 1997 ses amis occitanistes
avaient été organisé autour de son oeuvre !
Par ailleurs, depuis 1984, la vieille Escole
de Palay et Camélat est passée sous direction occitaniste, son président
actuel n'est pas de souche béarnaise ni gasconne, et la plupart de
ses adhérents de toujours l'ont quittée sur la pointe des pieds.
L'Institut béarnais et gascon s'est donc créé pour réagir, clamer
la vérité, et rassembler tous ceux qui espèrent encore maintenir
la langue béarnaise et gasconne.
Jean Lafitte
Institut
Béarnais & Gascon
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64015 PAU CEDEX
L'Institut se présente
Annoncé en Novembre 2001, l'Institut béarnais et gascon, est né
statutairement à Pau à la fin Janvier 2002. Cette association entend
réunir et faire travailler ensemble tous les Béarnais et Gascons attachés
au patrimoine culturel reçu de leurs pères, et spécialement la langue
béarnaise et gasconne. Car ses fondateurs font leur cette réflexion
du grand chanteur et béarnais d'Aspe Marcel Amont : de l'ensemble
flou que couvre le mot de culture, « ce qui reste le plus concret
[...] témoigne le mieux des faits, des pensées, des sentiments, des
talents, des projets des générations qui m’ont précédé, avec pour
conséquence le profit éventuel que nous pourrions tiré au présent
et dans le futur de cet abondant héritage, ce sont les LANGUES » (Comment
peut-on être gascon ! Atlantica 2001, p. 121).
Certes, depuis la fondation de l'Escole Gastoû Fébus en 1896, bien
des Béarnais et Gascons s'y sont retrouvés dans le même but; et lorsque
un membre de cette école, Roger Lapassade (1912-1999) fonda l'association
Per noste dans le courant occitaniste, bien d'autres amis sincères
de notre langue et de notre culture s'y employèrent, toujours dans
le même but.
Mais le courant occitaniste était né sur d'autres terres d'oc, dans un
Languedoc jaloux de la prééminence que Mistral et ses héritiers avaient
conférée à la langue d'oc de Provence. Et à leur tour, les Languedociens
comptaient bien que leur parler, considéré comme « central »,
remplacerait un jour toutes les autres langues d'oc, une première
étape étant l'adoption par tous les parlers du Midi d'un système orthographique
unique. Mais ils ne le disaient pas, la doctrine officielle étant
ainsi formulée par le pharmacien audois et grammairien Louis Alibert
:
« Cette méthode [de traitement de la langue] ne prétend nullement
imposer un dialecte à tous les Méridionaux, mais cherche une unification
partielle qui puisse suffire
aux besoins d’un enseignement et d’une littérature viables. »
(La Langue d'oc, Annales de l'I.E.O., n° 6 du 15 Février 1951).
Le danger mortel apparut cependant quand il fut question d'établir un
occitan « standard » ou « référentiel », et cela
à partir du seul languedocien; il est vrai que le gascon était exclu
de l'opération, s'agissant d' « une langue très proche [de
l’occitan], certes, mais spécifique et ce dès les origines, au moins
autant que le catalan »
selon les termes mêmes d'un rapport
du Pr. Pierre Bec, alors président de l'Institut d'études occitanes
(I.E.O.). Mais ce concept d' « occitan standard » reléguait
déjà toutes les autres langues d'oc au statut de « variantes »,
de curiosités locales, comme les vins de propriétaire ou les fromages
faits à la ferme, et qui ne mériteraient plus que d'être étudiées
par quelques curieux.
Et comme les occitanistes ignorent et veulent absolument ignorer la place
particulière du gascon en dehors de l'occitan, pourtant reconnue par
tous les linguistes français et étrangers qui ont étudié la chose,
le même danger mortel menace notre langue héréditaire. Malheureusement,
tout absorbés par leur action militante, les occitanistes gascons
ne s'en sont pas aperçus, sauf au moins le sage fondateur Roger Lapassade;
ainsi écrivait-il à mots à peine couverts qu'il a été trompé par le
drapeau occitan comme par le français et que seul le carré béarnais
aux deux vaches rouges sur l'or du blé mûr a réjoui son c?ur (poème
Drapèus arlats de 1994, publié en 1997 à l'occasion du colloque
organisé en son honneur à Orthez).
Ce péril nous fut d'ailleurs confirmé publiquement par un personnage important
de l'Éducation nationale, pourtant de souche béarnaise, dans une interview
donnée à la presse paloise en mars 1995 : « On n’est pas là
pour enseigner le patois, le patois est mort, c’est l’occitan qui
reste » "patois" étant la langue que parlent encore
les Béarnais et Gascons qui ont appris la langue de leurs parents.
Et le « politiquement correct » conduisit bientôt à créer à
Pau comme Institut occitan, largement financé par le département,
ce qui devait être à l'origine l'Institut culturel béarnais et
gascon, pendant de l'Institut culturel basque de Bayonne.
L'évolution est telle que l'actuel président occitaniste de Per noste
peut écrire dans le bimestriel de l'association
Mais pour les fondateurs de l'Institut béarnais et gascon, ironiser
amèrement ne suffit pas. Comme d'aucuns se mobilisent contre le nivellement
mondial de l'alimentation industrielle, il faut que tous ceux qui
veulent garder les langues d'oc naturelles de tous les terroirs du
Midi se mobilisent contre les Macd'Oc de la linguistique. En particulier,
ceux qui sont attachés à la seule vraie langue du pays entre Océan,
Pyrénées et Garonne, dans toutes ses variétés, doivent se retrouver
dans cet Institut, aider de leurs cotisations ceux qui bougent,
et faire pression auprès des pouvoirs publics pour que ceux-ci
comprennent les enjeux et appuient les actions menées au profit de
l'authenticité béarnaise et gasconne.
Concrètement, l'Institut veut mener plusieurs sortes d'actions,
à la mesure des compétences de ses membres et de leurs cotisations
- "lou qui's mude, Diu l'ayude" ou "aide-toi, le ciel
t'aidera" - en attendant les moyens qu'il espère recevoir des
pouvoirs publics; notamment :
- ouvrir des cours d'enseignement de la langue aux adultes;
- promouvoir la réédition d’œuvres classiques gasconnes qui, selon
la norme officielle de l'Éducation nationale, respectent l'orthographe
choisie par les auteurs;
- encourager l'écrit gascon et sur le gascon et en faciliter l'édition
:
- oeuvres littéraires nouvelles écrites par ceux qui savent parler,
sans avoir à se soucier de normes orthographiques, le travail d'édition
prenant en charge les mises en forme nécessaires;
- ouvrages pédagogiques dans les deux graphies préconisées par
l'Institut (voir ci-après) : grammaires, dictionnaires, manuels
de conversation;
- travaux universitaires et thèses sur la matière gasconne etc.
- encourager la collecte de chansons, proverbes, danses. populaires
de tout l'ensemble gascon, et en assurer la publication.
Pour ce qui est des « graphies », ou systèmes d'écriture
de la langue, l'Institut en reconnait deux :
- le système moderne normalisé en 1905 par l'Escole Gastoû Fébus,
vite appris dans la mesure où il utilise principalement les conventions
d'écriture du français; ce système est la premier à enseigner aux
adultes qui ne veulent pas s'embarrasser de considérations savantes;
- et le système classique gascon, basé
sur les mêmes principes que le système classique occitan que préfère
l'enseignement scolaire et universitaire; mais il entend refléter
sans équivoque la langue gasconne dans toutes ses variétés, pour une
pédagogie plus facile et plus fiable; son apprentissage est plus long
que pour le précédent, mais il atténue plus que lui la notation des
variantes de prononciation à travers le domaine gascon, facilite les
échanges écrits avec les autres pays d'oc et permet d'entrer de plain-pied
dans l'ancienne langue.
En alliant fidélité aux racines et ouverture
à tout l'ensemble gascon et, au-delà, à toutes les langues d'oc et
au catalan, l'Institut béarnais et gascon espère oeuvrer efficacement
pour notre culture et avec elle, pour l'homme dans toutes ses dimensions.
Jean Lafitte
Institut
Béarnais & Gascon
Enstitut Biarnés & Gascoû
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64015 PAU CEDEX
Béarnais, gascon et occitan
ou
Comment y voir clair
S'il est un domaine où s'est installée une grande confusion, c'est bien
celui des langues romanes du Midi de la France, et spécialement celle
du Béarn et de la Gascogne. Il n'est presque pas de jour, au moins
aux approches de la rentrée scolaire, où quelque organisme ne propose
d'enseigner qui le béarnais, qui le gascon, qui l'occitan, quand ce
n'est pas une association qui a le mot « occitan » dans
son nom ou son sous-titre et qui propose du «béarnais » .
Qui s'y reconnait, en dehors des initiés ?
Évidemment, il y a la réponse d'une simplicité biblique : le béarnais,
c'est une variété du gascon, et le gascon une variété de l'occitan
ou langue d'oc, langue une de Bayonne à Nice et de Montluçon à Salses
(Pyrénées-Orientales). Malheureusement, cette simplicité tient du
slogan, voire de la propagande et de la désinformation.
Voyons donc ce qu'en pensent « ceux qui sont censés en savoir plus
long », comme l'écrit notre compatriote Marcel Amont dans son
récent Comment peut-on être Gascon ! que tous les Béarnais
et Gascons devraient avoir lu.
I. Le gascon langue distincte de l'occitan
D'abord, le plus clair, ce qui rallie les meilleurs linguistes qui ont
étudié nos langues depuis plus de 120 ans : le gascon est une est
une « langue très proche de l’occitan certes, mais
spécifique (et cela dès les origines), au moins autant que le
catalan »
, selon le Professeur Pierre Bec, linguiste reconnu et président de l'Institut
d'études occitanes (I.E.O.), dans un rapport approuvé par l'assemblée
générale de cette association qu'il présidait alors (1972). Ou encore,
10 ans plus tôt, la phrase lapidaire du grand romaniste allemand Kurt
Baldinger : Le gascon, « on doit le considérer […] comme une
quatrième unité linguistique, s’opposant aux domaines français, occitan
et franco-provençal. »; et l'avis du Pr. Tomás Buesa Oliver de
l'Université de Saragosse « le gascon a une telle individualité
qu’on ne peut le subordonner à l’occitan. » (1985).
Ces avis de spécialistes, qui ont une large expérience de langues voisines
comme l'espagnol et le portugais, se fondent sur des critères objectifs
relatifs à divers aspects de chaque langue : phonétisme, lexique,
conjugaisons, syntaxe etc. Ils rejoignent au demeurant
les avis de ceux qu'on appelle les sociolinguistes qui étudient les
langues dans leurs rapports avec ceux qui les parlent, et en particulier
l'idée que ceux-ci se font de leur idiome.
Certes, face à la pression psychologique des partisans de « la langue
d’oc » ou de l' « Occitan » unique, quand ce n'était
pas par militantisme personnel, certains linguistes ont eu des formules
moins nettes, mais toutes ces hésitations viennent d'être balayées
par une rigoureuse étude historique : le gascon s'était déjà
dégagé du latin dès l'an 600, avant qu'eût émergé l'occitan lui-même;
« le gascon n’a pu se détacher d’un ensemble linguistique
qui n’existait pas […] encore […] au moment où il était
lui-même constitué. Il ne peut par conséquent être considéré comme
un dialecte ou une variété d’occitan »
(Pr. J.-Pierre Chambon de la Sorbonne et M. Y. Greub du C.N.R.S.,
Revue de linguistique romane, 2002, pp. 473-495).
Mais cela n'est pas nouveau pour le bon sens populaire : dès le début
du XIIIe, le gascon était l'une des langues senties comme étrangères
par le troubadour Raimbaut de Vaqueiras, dans la composition d'une
poésie multilingue destinée à divertir ses auditeurs de langue d'oc.
Et vers 1350, les grammairiens de Toulouse excluaient formellement
son emploi dans les oeuvres poétiques, car c'était pour eux un « lengatge
estranh » comme le français, l'anglais, l'espagnol, le lombard
etc.
En 1894, un décret du Président Sadi Carnot mentionnait séparément le
gascon et le « provençal » (équivalent à l'époque du mot
« occitan » d'aujourd'hui), en même temps que le basque
et le breton.
A la même époque de notoires félibres gascons considéraient leur langue
comme une des langues d'oc au pluriel; ainsi l'abbé
Césaire Daugé dans la Préface de son recueil de poésies Flous de
Lane (1901) : tandis que dans une lettre à l'auteur, Mistral parle
du « parla dou miejour »
au singulier, pour Daugé, la langue gasconne compte
le dialecte d'Aire (Tursan, Marsan et Gabarret) parmi les dialectes
qui sont parlés des Pyrénées à la Garonne », domaine du gascon;
de même J.-V. Lalanne, Secrétaire général de l'Escole Gastoû Fèbus
- il la présidera de 1919 à 1923 - parle élogieusement du linguiste
provençal Jules Ronjat qui « parle les langues d’oc »
(Reclams de Biarn e Gascougne, 1906, p. 113).
Et de nos jours,
même s'il est compris peu ou prou, l'occitan est considéré
comme une autre langue, identifiée en gros comme le « patois
de Toulouse », grand centre occitan le plus proche; au demeurant,
c'est celui qu'on entend dans les émissions « occitanes »
de FR3 Toulouse, et que les locuteurs naturels du gascon et du béarnais
refusent d'identifier à leur propre langue.
C'est d'ailleurs réciproque. Lisons par exemple Marcel Amont, pour qui
langues d'oc ne peut être qu'un pluriel : « …moi je continue
de constater qu’AUJOURD’HUI, quoi qu’on en dise, si je parle ou chante
en béarnais au pays de Mistral, devant des Carcassonnais ou même des
Toulousain, plus proches géographiquement, je ne serai pas compris
de la plupart des autochtones, sauf des spécialistes, tout au moins
de ceux qui ont un peu étudié la question. » (ouvrage cité, p. 155).
Certes les occitanistes, toujours prêts à critiquer le centralisme de
la France, ses institutions et nos gouvernants, deviennent de pointilleux
légalistes quand on parle de langues d'oc au pluriel : la loi « Deixonne »
du 11 janvier 1951 relative à l'enseignement des langues et dialectes
locaux ne connaît que l'expression « langue occitane »
au singulier, donc la loi de la France, c'est la loi; point. Mais
on sait que cette loi ne donna lieu à aucun débat et "passa en
douce", aidée par les interventions discrètes d'un véritable
lobby occitaniste. Et la manipulation politique continue, puisque
(site Internet de la Délégation
générale à la langue française et aux langues de France, janvier
2003).
Cependant, légalistes pour légalistes, rappelons que la loi « Deixonne »
a été abrogée le 15 juin 2000 lorsqu'a été promulguée la partie législative
du Code de l'éducation. qui continue à autoriser l'enseignement
public des langues régionales mais n'en nomme plus aucune. Parler
de langue gasconne est donc non seulement conforme aux conclusions
des linguistes, mais encore parfaitement légal aujourd'hui.
Et même, la volonté mal dissimulée des occitanistes de substituer à tous
les parlers d'oc historiques le languedocien devenu « occitan
standard » justifie que Provençaux, Auvergnats et autres défendent
en toute légitimité et légalité leur langue provençale, langue auvergnate etc.., quelle que
soit leur parenté avec le languedocien "central".
La carte ci-contre, cependant, ne tient compte que des frontières linguistiques
majeures : l'ensemble linguistique dit occitano-roman est constitué
par notre gascon, l'occitan au sens large et le catalan, lui aussi
au sens large, car les Valenciens défendent l'autonomie de la langue
valencienne.
II. Le béarnais ou gascon parlé en Béarn
Mais notre carte ne sépare pas le béarnais du gascon, alors que le premier
est souvent opposé au second. Pourquoi ?
Il faut remonter plus de mille ans en arrière pour voir le Béarn
intégré dans un ensemble administratif ou politique gascon; et encore
était-il réduit à l'ancien diocèse de Lescar, soit, en gros, la plaine
du Gave de Pau; la vicomté du Montanérés, celle d'Oloron (plaine du
Gave d'Oloron et les trois vallées) et la région d'Orthez ne devaient
s'y joindre pour former le Béarn actuel qu'aux Xème-XIème siècles.
A partir de là, la forte volonté d'indépendance des vicomtes, appuyée
sur celle d'un peuple peu belliqueux mais sachant bien se battre,
a permis à ce petit pays de mener une vie politiquement indépendante
en des temps souvent troublés. Mais la conscience d'appartenir à la
Gascogne ne devait pas être totalement perdue au début du XIVe s.
puisque le Martinet d'Orthez - recueil de textes juridiques
intéressant la ville, compilé à partir de 1366 - contient un acte
latin de 1308 mentionnant par deux fois « ville Orthesii terre
de Bearn in Vasconia », de la ville d'Orthez du pays de Béarn en
Gascogne.
Il en est résulté un sens identitaire profond, de telle sorte que
le "Béarnais" s'oppose au "Gascon" depuis plus
de mille ans. Mais ce Gascon est tellement proche que les gens du
canton d'Arzacq passent souvent pour Béarnais, alors qu'il n'ont jamais
relevé de la Vicomté de Béarn et que c'est la loi du 4 mars 1790 qui
les a réunis avec les Béarnais, les Basques et les Gascons du Bas-Adour
pour former le département des Basses-Pyrénées.
Au plan de la langue, c'est plus complexe; des opinions concourantes
de nombreux linguistes, on peut donner deux définitions du béarnais
:
- Au sens large et courant, le béarnais, c'est l'ensemble des parlers
gascons utilisés sur le territoire de l'ancienne vicomté de Béarn.
- Au sens strict, c'est en gros le parler de l'arribère du Gave
de Pau, qui fut langue d'État et qui est celui de la grande majorité
des écrits littéraires gascons.
La première, qui correspond à la conception de la grande masse des "béarnophones"
quand ils disent qu'ils parlent béarnais, se réfère purement et simplement
au territoire, sans égard aux variétés parfois très typées de la langue
effectivement pratiquée (par exemple, parler d'Aspe en face de celui
de Garlin, ou de Pontacq en face de celui de Salies). C'est, linguistiquement
parlant, presque aussi simpliste que de dire que les Belges parlent
belge, ou, plus près de nous, qu'on parle béarnais à Soumoulou et
Montaner et bigourdan à Séron et Vic-en-Bigorre.
La seconde définition, malgré le "en gros", est infiniment plus
précise car elle s'appuie sur une masse considérable d'écrits depuis
plus de 700 ans et se caractérise par un système d'écriture autochtone
d'une assez grande originalité par rapport à celui des autres pays
d'Oc.
A ce titre-là, on peut linguistiquement parler de béarnais, bien
défini par un système de sons (on parle de phonologie), un
vocabulaire, des formes particulières de conjugaisons et une syntaxe
assez typée, et riche d'une littérature relativement abondante eu
égard à la taille du pays et à sa population. Mais il faut aussitôt
remarquer que ce sont deux bigourdans, Michel Camélat (1871-1962)
et Simin Palay (1874-1965) qui, de beaucoup, ont le plus enrichi cette
littérature à l'époque moderne.
La raison en est que le béarnais est indissociable de l'ensemble
linguistique gascon dont les nombreux dialectes sont liés par
de très grandes parentés reconnues par tous les linguistes français
et étrangers. Simin Palay n'écrivait-il pas très finement au
mot Gascoû de son indispensable Dictionnaire du Béarnais
et du Gascon modernes :
« Pour les Béarnais, les parlers bigourdans, armagnacais, de la Lomagne,
de l’Astarac, de l’Albret, de la Chalosse et des Landes sont lou
gascoûs ; les Gascoûs, d’ailleurs, considèrent le
béarnais comme suffisamment différent pour justifier une appellation
particulière. En réalité, mis à part les termes locaux, tous
ces dialectes sont les rameaux d'une même souche. »
Aussi peut-on voir utiliser sur toute l'aire gasconne Lo Gascon lèu
e plan, méthode d'enseignement de M. Grosclaude qui permet d'acquérir
« une vision globale de la gasconité ici réalisée par le choix
d’un gascon standard, en gros le béarnais, consacré par une
tradition écrite et des traditions de paroles sans doute plus importantes
qu’ailleurs » (Préface du Professeur d'université Pierre Bec).
L'histoire justifie donc parfaitement l'appellation
de béarnais pour le gascon parlé en Béarn, même si ce béarnais
est loin d'être uniforme, et l'on ne peut priver un peuple du droit
d'appeler sa langue comme il l'entend.
Pour les mêmes raisons, le petit territoire autour des sources de la Garonne,
appelé Val d'Aran, nomme son gascon l'aranais, même s'il ne
diffère de celui du Haut-Comminges que par d'infimes nuances, dont
les plus notables découlent de la substitution en aranais d'un certain
nombre de mots catalans à leur équivalent gascon, du fait du rattachement
administratif et religieux de ce haut de vallée à la Catalogne, au
sein du royaume d'Espagne. Les vicissitudes de l'histoire expliquent
ce rattachement, car l'Aran n'est séparé du Comminges français par
aucun obstacle tandis que de hauts sommets le séparent du reste de
l'Espagne. Du moins cela vaut-il à ce parler gascon d'être co-officiel
à côté de l'espagnol (castillan) et du catalan.
Jean Lafitte
Pour
en savoir plus, se reporter à notre brochure Le gascon, langue
à part entière et le béarnais, âme du gascon (5,30
e).
Institut
Béarnais & Gascon
Enstitut Biarnés & Gascoû
BP 1501 - 2, rue Cazaubon Norbert
64015 PAU CEDEX
Écrire le béarnais et le gascon
ou
la question des graphies
I. Un brin d'historique
Écrire, c'est représenter la parole par des signes. Depuis longtemps,
ces signes sont des lettres dans la plupart des langues, lettres qui
représentent plus ou moins bien les sons de la parole.
Cet exercice suppose une convention entre ceux qui écrivent et ceux qui
lisent, convention qu'on appelle le code orthographique. Pour
la plupart des langues, ce code est né de la pratique tout au long
des siècles.
Il en fut ainsi de la langue béarnaise et gasconne pendant toute la période
où elle s'écrivit normalement pour les besoins de la vie, du XIe au
XVIe siècle. Mais lorsque le français occupa de plus en plus le terrain
de l'écrit, on n'écrivit plus notre langue que rarement, son code
propre d'écriture fut oublié, et on en vint à utiliser tant bien que
mal le code du français.
Lorsqu'au XIXème siècle on voulut remettre en honneur la « langue
d’oc » et donc passer d'un usage quasi exclusivement oral à un
usage écrit et littéraire », il fallut donc établir un code orthographique
approprié. Mais lequel ? Celui des manuscrits anciens, qui correspondait
d'ailleurs à une forme ancienne de la langue, ou un code moderne qui
reflèterait au plus près l'état actuel de la langue ? et cela, en
utilisant autant que possible le code bien connu du français ?
Pour le gascon, la question ne fut guère étudiée que pour son dialecte
béarnais par Vastin Lespy, professeur au Lycée de Pau et auteur de
la première Grammaire de notre langue (1858) et de son
premier Dictionnaire (1887) : sauf sur un ou deux points, il
choisit l'orthographe des anciens manuscrits qui lui paraissait tout
à fait apte à écrire et lire la langue moderne sans difficultés majeures.
Cependant, quand se fut créée en 1894 l'Escole Gastoû Fèbus, avec
pour but la remise en honneur de la langue ancestrale dans le Sud-Ouest
gascon, il y eut sans doute une majorité de membres qui trouvèrent
le code ancien un peu trop difficile pour les gens ordinaires. Une
première codification des règles d'écriture fut donc adoptée en 1900.
On continua néanmoins à y réfléchir et on consulta l'éminent professeur
de langues romanes de la Faculté de Bordeaux Édouard Bourciez. Il
en sortit très vite une version définitive des normes orthographiques
de l'Escole Gastoû Fèbus, promulguées en 1905. Appliquées avec
plus ou moins de rigueur par tous ceux qui publièrent en gascon jusque
vers 1960 et spécialement par Simin Palay dans les deux éditions de
son monumental Dictionnaire du béarnais et du Gascon modernes
(1932-34 et 1961), ces règles sont de loin les mieux représentées
en gascon moderne.
Cependant les conventions orthographiques de la « langue des troubadours »
- ou du moins des manuscrits qui nous ont transmis leurs poésies -
avaient toujours leurs partisans, surtout dans la région du Languedoc;
elles furent consacrées par la Gramatica occitana publiée en
1935-37 par le pharmacien audois Louis Alibert, adoptées et propagées
par l'Institut d'études occitanes (I.E.O.) créé à Toulouse
en 1945. Ce même auteur, qui avait établi les règles orthographiques
pour son propre dialecte, le languedocien, les adapta de son mieux
au gascon en 8 pages de petit format publiées en 1952.
Dans les années 1960, ces règles furent adoptées comme allant de soi par
les fondateurs de Per Nouste, section béarnaise de l'I.E.O.
Le dynamisme de cette nouvelle école et l'essoufflement de l'Escole
Gastou Fébus permirent l'expansion de ces nouvelles conventions
sous les noms de graphie normalisée, classique ou occitane.
Nous sommes donc en présence de deux grands systèmes d'écriture du gascon
et du béarnais, un système moderne qui se veut plus proche des habitudes
d'écriture que les gens ont acquise par l'apprentissage scolaire du
français et un système classique qui se réfère surtout aux pratiques
de l'ancienne langue.
II. Le système "moderne" et son devenir
Au plan des normes, le système moderne est toujours celui que l'Escole
Gastoû Fèbus a normalisé en 1905. Il est vite appris dans la mesure
où il utilise principalement les conventions d'écriture du français
et ne note généralement que les consonnes effectivement prononcées
: touts, semmane ou semane, canta, que cante.
Il comporte cependant quelques points faibles, en particulier :
- l'ambivalence du -e en finale : sans problème pour l'Ouest gascon
qui le prononce dans tous les cas comme le -e dit "muet"
du français, il pose problème pour l'Est gascon qui le prononce é
ou o selon les mots; ainsi, case et lèbe se prononcent
dans l'Ouest comme en français, mais caso (accentué
sur a, -o faible) et lèbé (accentué sur è,
-é faible) dans l'Est; d'où la tendance de l'Est à remplacer par -o
le -e valant o, et à noter lèbe sans changement, en
convenant que tout e se prononce é; mais on voit que pour le
très grand nombre de mots finissant par -e prononcé -o, l'ensemble
gascon et jusqu'au béarnais lui-même sont coupés en deux;
- le fait que certaines consonnes finales se prononcent en certains lieux
et pas dans d'autres; ainsi, cansou le long des Pyrénées, cansoung
(finale comme dans camping) dans la plaine gasconne; pour l'Escole
Gastoû Fèbus, on écrit respectivement cansoû et cansoun,
partageant donc encore le domaine gascon en deux, et, plus grave encore,
en donnant au -n final deux lectures, soit ng, comme
dans l'exemple cansoun, ou dans man, plen, bin, cadun.
soit n comme dans ardoun (comme doudoune prononcé
par des Parisiens), pan (de mur; comme panne prononcé
par des Parisiens), ben (vent), quin. Autre consonne
à lecture variable, le -t après r ou n : on l'entend
en certains lieux, il est muet dans d'autres, mais se retrouve par
exemple au féminin : faut-il ne le noter que là où il s'entend, dispersant
encore une fois l'orthographe de la langue ?
Il est difficile de se contenter de cela, alors
que la langue se pratique de moins en moins : dès lors, ceux qui veulent
l'apprendre sont souvent privés de l'indispensable référence orale
qui rend tolérables les imperfections d'un système orthographique
et notamment les « exceptions à la règle ».
III. Le système "classique" revisité
Plus "savant", ce système évite-t-il au moins ces écueils ?
Hélas non. Alibert qui l'a adapté au gascon connaissait en effet fort
mal notre langue qu'il ne pratiquait pas, et n'avait pu évidemment
profiter des travaux magistraux qui viendraient plus tard : l'Atlas
linguistique de la Gascogne de Jean Séguy (ALG), la 2nde édition
de Le Gascon de l'allemand Gerhard Rohlfs, la thèse et autres
ouvrages de Pierre Bec, celle sur le parler d'Aran du Catalan Jean
Coromines.
La réduction de la pratique de la langue a mis en lumière les défauts
de ce système que les premiers qui l'ont adopté n'ont pas vus, étant
en général des locuteurs naturels qui possédaient bien la langue de
leurs pères, et même souvent des enseignants, plus aptes que d'autres
à apprendre des règles relativement complexes.
Bien de ceux qui ont aujourd'hui à enseigner le gascon éprouvent donc
de plus en plus le besoin d'améliorer ce système classique arrivé
de l'occitan "brut de fonderie".
Nous-même, enseignant bénévole du gascon/béarnais à des adultes et promoteur
d'un projet de Dictionnaire du Gascon Moderne,
DiGaM, qui nous obligeait à trouver des solutions acceptables,
nous avons repris l'étude de ces questions, abandonnée en fait depuis
40 ans. Au fil des études publiées dans Ligam-DiGaM (voir p.
4 de ce feuillet), nous avons revu dans le sens de la rigueur et de
la cohérence l'application des principes énoncés par Alibert à un
gascon désormais beaucoup mieux connu; nous pouvons donc proposer
à notre langue une orthographe classique plus cohérente, l'orthographe
classique DiGaM.
Ce système classique gascon découle de l'observation et de la régularisation
des pratiques d'écriture de l'ancien gascon et béarnais, attestées
par des milliers de textes d'archives; son apprentissage est plus
long que pour le système moderne, mais il atténue plus que lui les
variantes de prononciation à travers l'ensemble gascon (une même graphie
peut admettre des prononciations différentes selon les lieux) et permet
d'entrer de plain-pied dans l'ancienne langue, ouvrant en grand au
Gascon et au Béarnais du XXIe s. les portes de l'histoire de sa terre.
Basé sur les mêmes principes que le système classique occitan que préfèrent
l'enseignement scolaire et les universitaires, il entend néanmoins
refléter sans équivoque la langue gasconne dans toutes ses variétés.
Par exemple, un universitaire, pourtant bon connaisseur du gascon
et scientifique scrupuleux, a refusé de noter différemment les deux
façons de prononcer le -n final de pan ("pain")
et pan ("de mur") que préconisait notamment le grand
linguiste catalan Coromines dans sa somme sur le gascon d'Aran; et
il s'en explique ainsi : « le Gascon qui parle sa langue
n’a pas besoin d’une graphie différente pour s’y retrouver et prononcer
correctement, et non le gascon qui étudie ce parler s’y retrouvera
également grâce à l’étymologie latine ». Réserver la lecture
correcte du gascon aux seuls universitaires capables aujourd'hui de
voir l'étymologie latine du premier coup d'?il est pédagogiquement
inadmissible pour une langue dont la transmission repose surtout sur
l'école. et des enseignants généralement ignorants du latin. Sans
compter qu'il y a bien des mots gascons dont le latin ne rend pas
compte, comme envan(n) ("auvent", du gaulois),
varan(d) ("halo", probablement pré-celtique),
etc.
Mais coller au plus près de la réalité gasconne pour une pédagogie plus
facile et plus fiable ne fait nul obstacle à ce que cette graphie
soit très proche de celle de l'occitan et facilite les échanges écrits
avec les autres pays d'oc, puisque le gascon reste une langue « très
proche » de l' « occitan »..
IV. Les choix de l'Institut béarnais et gascon
En présence de ces deux systèmes, qui ont chacun
ses mérites et ses inconvénients, l'Institut a choisi de ne
pas choisir, non par indifférence, mais dans un grand souci de tolérance
et de respect des choix de chacun. Il les reconnaît donc tous deux
:
- le système moderne normalisé en 1905
par l'Escole Gastoû Fébus; mais l'Institut est en recherche
de son amélioration, car il est à l'évidence le plus facile à enseigner
par sa proximité avec celui du français que chacun pratique constamment;
- et le système classique gascon, tel que nous le proposons dans
le cadre du projet DiGaM.
Et l'Institut n'exclut pas d'aboutir un jour à la réunion de ces
deux systèmes en un seul système moderne pour une langue moderne,
qui regarde l'avenir sans jamais renier son passé, qui est celui du
peuple béarnais et gascon.
Jean Lafitte
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Ligam-DiGaM
"Cadèrn de lingüistica e de lexicografia gasconas"
C'est une petite revue lancée en Avril 1992 pour servir
de lien (ligam) entre les personnes susceptibles de s'intéresser
au projet DiGaM, "Diccionari deu Gascon Modèrne"
lancé lui-même deux ans avant.
Ce projet part du constat que la reconquête de la langue gasconne par
son enseignement scolaire, sous l'étiquette administrative d'occitan,
a un grand besoin de dictionnaires et que la somme gasconne représentée
par le Dictionnaire du Béarnais et du Gascon Modernes de Simin
Palay (+ 1965) ne peut jouer ce rôle : linguistiquement et lexicographiquement
parlant, elle est l’œuvre d'un autodidacte qui a appelé en vain un
achèvement par des linguistes et des grammairiens (cf. "En conclusion"
p. 1007 de l'édition de 1961); son volume et son orientation plutôt
ethnographique et, fatalement passéiste, l'empêchent d'être l'outil
courant des lycéens et même de leurs professeurs.
Or l'achèvement et la modernisation d'un tel dictionnaire, fût-ce avec
le secours de l'informatique, est une œuvre considérable qui demande
des aides nombreuses; et surtout, bien que la Réforme occitane
lancée par le pharmacien audois Louis Alibert (+ 1959) pour le languedocien
ait été importée depuis un demi-siècle sur le territoire gascon, nombre
de solutions orthographiques prêtent à critique dès qu'on entend les
appliquer à un vocabulaire de quelque 70 000 entrées : bien des incohérences
apparaissent, fruit d'un travail dispersé, de questions trop souvent
réglées au cas par cas par des personnes ne disposant souvent que
de leur mémoire pour réunir les exemples visés par telle ou telle
solution. Sur le plan de la sélection morphologique entre les variantes
d'un même mot et entre les lexèmes différents, en vue de la rédaction
de dictionnaires scolaires tant soit peu normatifs, les problèmes
ne sont pas moindres et demandent des compétences sur l'ensemble de
la Gascogne linguistique, sans compter les ouvertures indispensables
sur les langues romanes voisines.
D'où le besoin de ce ligam qui s'adresse d'abord aux Gascons, mais
aussi à tous les linguistes occitans ouverts aux problèmes d'une langue
qui fait incontestablement partie de ce qu'à la suite d'Alibert le
Professeur Pierre Bec a appelé l'ensemble occitano-roman.
Ligam-DiGaM est en principe rédigé en gascon
(béarnais); mais il n'y a aucune exclusive contre les autres parlers
de l'ensemble occitano-roman ou le français.
Il paraît sans périodicité fixe, en pratique tous les
6 mois. Les 4 numéros de 48 pages de format A5 : 18 e; sur facture ou Étranger : 21 e.
Chèques à l'ordre de l'Institut béarnais & gascon.
Institut
Béarnais & Gascon
Enstitut Biarnés & Gascoû
BP 1501 - 2, rue Cazaubon Norbert
64015 PAU CEDEX
A bous, qui sabet parla biarnés
Quoan se hèn enquèstes ta sabé si la yen e bolen que la lengue biarnese
e demoure bibe e nou s'acabe pas quoan heran toupîs, que y a toustem
ue grane mayouritat ta dise « Quiò ! » . Lous abilles
que'n tiren la counclusioû que cau espandi l'ensegnemen escoulàri
de l' « occitan » e crea de mey en mey postes d'ensegnayres.
Toutû, qu'at sabet per esperiénci, n'ey pas permou d'abé aprés l'anglés,
l'espagnòu ou l'aleman penden anades per las escoles que lous joens
e's parlen en aqueres lengues quoan s'encountren en la bite bitante,
hore dous coullègis e licèus ou en lous quites pàtis de recreacioû.
Que n'ey pariè dou noùste biarnés : quoan seran perfièytemen coumpetens
en aqueste lengue e parleran coum lous anciâs, soulets, lous reyens
e proufessous nou s'y escaderan pas yamey a ha bìbe la lengue qui
ensegnen. E pensat ço qui'n pot debira s'an aprés l' « occitan »
sounque a la facultat : lou quite presiden de la balente assouciacioû
ouccitaniste Per Noste, biarnés cap e tout, qu'escrivé nagoayre
en se trufan qu'adare, las pigues anidades pou tour de la facultat
de letres de Pau e coumprenen, que's parech, l'ouccitâ referenciau
! (= lou lengadouciâ).
Que'p digoun autescops lous reyens que lou patoès ère la lengue dou passat
e lou francés la de l'abiéne e de la moudernitat. Puch d'autes reyens
e proufessous, qu'aquet patoès ère en realitat l'ouccitâ, mes que
la bòste fayçoû d'ou parla e de l'escribe n'ère pas la boune, sounque
eths que la sabèn coum calè. E que p'èt carats, n'abet pas gausat
trasmete lou bòste sabé aus bòstes hilhes e hilhs, ta nou pas ha empach
a la lou reüssite.
Mes oey, « qu’ey fenit lou tems de la bergougne » ce
digou lou Francés Bayrou en lou soû celèbre Prouclam de Pau
de 1993. Qu'èt bous lous mey boûs proufessous tad ensegna lou
biarnés e lou gascoû, qu'ey lou regretat proufessou Michel Grosclaude,
de Per noste tabé, qui l'at escribou û die.
Alabets, proufessous de la nouste tèrre de Biarn, au tribalh ! Bòstes
arrèhilhs qu'espèren las bòstes leçoûs : atau qu'aurat saubade la
lengue biarnese e gascoune.
Yan dou Pouric